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Négociations CEDEAO-AES : ce que change le rendez-vous de Dakar

Le 17 octobre 2026 à Dakar, la CEDEAO et l'AES ont ouvert leurs premières négociations formelles. Ce qui a été décidé, les dossiers ouverts et ce que cela change pour les organisations.

22 October 2026 Countries: Bénin, Burkina Faso, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal
Immeubles modernes le long d'un front de mer, sous un ciel dégagé

Le 17 octobre 2026, à Dakar, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ont tenu leur première session de négociation formelle depuis le retrait effectif des trois pays, le 29 janvier 2025. Aucun accord n’a été signé. Les deux organisations ont convenu de créer des groupes de travail conjoints chargés de préparer un accord-cadre de coopération.

Pour une entreprise, une ONG ou une institution qui opère entre le Sahel central et les pays côtiers, la question est simple : qu’est-ce qui change, et quand ? Cette analyse fait le point sur ce qui a été décidé, sur les positions en présence, sur les dossiers ouverts et sur ce qu’il faut surveiller d’ici le sommet de la CEDEAO prévu en décembre 2026 à Abuja.

Ce qui s’est passé à Dakar

La session ministérielle du samedi 17 octobre a été coprésidée par Cheikh Niang, ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, président du Conseil des ministres de la CEDEAO, et par Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, président du Comité ministériel de pilotage de l’AES. Les deux hommes ont signé un communiqué conjoint en huit points.

Son contenu tient en trois décisions :

  • des groupes de travail conjoints sont créés pour préparer un projet d’accord de coopération entre les deux organisations ;
  • ils remettront leurs conclusions aux ministres avant une prochaine session ministérielle ;
  • la date et le lieu de cette session seront fixés par la voie diplomatique.

Le communiqué appelle à un cadre de coopération « équilibré, réaliste » qui protège les intérêts des populations, dans le respect de la souveraineté des États et du bon voisinage. Il ne publie ni la liste des groupes, ni leur composition, ni de calendrier. Des discussions d’experts devaient se poursuivre le 18 octobre.

La rencontre a réuni d’autres acteurs : le négociateur en chef de la CEDEAO, Lansana Kouyaté, l’envoyé spécial de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, Mamadou Tangara, et le représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Leonardo Simão. Le Nigeria était représenté par son ministre d’État aux Affaires étrangères, Sola Enikanolaiye.

Comment on en est arrivé là

La session de Dakar referme une séquence de près de trois ans. Le tableau ci-dessous en reprend les étapes datées.

Date Étape Lieu
28/01/2024 Annonce conjointe du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger —
29/01/2025 Retrait effectif ; la CEDEAO maintient des mesures transitoires « jusqu’à nouvel ordre » Abuja
22/05/2025 Premières consultations entre les deux organisations Bamako
19/07/2026 Sommet de la CEDEAO ; Bassirou Diomaye Faye devient président en exercice Freetown
12-16/10/2026 Réunions d’experts, des douanes (avec le Togo) puis des ministres de l’AES Ouagadougou
17/10/2026 Première session de négociation formelle, communiqué conjoint Dakar
12/2026 Sommet de fin d’année de la CEDEAO (prévu) Abuja

Source : communiqués CEDEAO et AES, Graphic Online, Sidwaya, Benin Web TV, Voice of Nigeria, au 20 octobre 2026.

Le contexte a aussi changé côté CEDEAO. Le Sénégal préside l’organisation depuis le sommet de Freetown, et le général sénégalais Birame Diop a été désigné à la tête de sa Commission. Dakar, qui entretient des relations suivies avec Bamako, Ouagadougou et Niamey, s’est positionné comme facilitateur : le président Faye s’était rendu à Bamako le 28 juillet 2026 et il appelle la CEDEAO à passer « des constats » à « l’action ». Sur le rôle de Dakar, voir le rôle du Sénégal dans la diplomatie régionale.

Les positions en présence

L’AES : négocier « d’entité à entité »

Les ministres de l’AES ont arrêté leur ligne à Ouagadougou le 16 octobre, après deux jours de travaux d’experts. Elle repose sur quatre principes :

  • une seule voix : les trois pays négocient en bloc, conformément aux orientations du Collège des chefs d’État de la Confédération ;
  • deux organisations distinctes : l’AES écarte toute hypothèse de retour dans la CEDEAO et demande un instrument juridique qui encadre les relations entre les deux ensembles, selon le ministre malien Abdoulaye Diop ;
  • le statu quo sur les acquis : préserver « les acquis de 50 ans d’intégration », en premier lieu la libre circulation des personnes et des biens, selon le chef de la délégation nigérienne d’experts, Ousmane Alhassane ;
  • un accord-cadre qui fixe des secteurs prioritaires ; les discussions de Niamey (février 2025) et de Bamako (mai 2025) en avaient retenu quatorze.

Cette ligne prolonge la construction institutionnelle de la Confédération, détaillée dans notre fiche sur l’Alliance des États du Sahel.

La CEDEAO : une approche graduelle

Côté CEDEAO, Cheikh Niang a relevé des « convergences substantielles » et plaidé pour une démarche « graduelle, pragmatique et orientée vers les résultats ». Selon RFI, Lansana Kouyaté a estimé qu’un retour des trois pays pourrait intervenir un jour, mais que personne ne peut aujourd’hui le leur demander. Le Nigeria, premier poids économique de l’organisation, a réaffirmé son attachement à l’intégration régionale et sa volonté que le retrait n’abîme pas les liens entre populations. Abuja attend des discussions un projet d’accord-cadre général à soumettre au sommet de décembre.

Les deux parties se rejoignent donc sur l’essentiel : coexister plutôt que se réunifier, et protéger les échanges du quotidien. Les divergences politiques, elles, n’ont pas disparu. Pour leur origine, voir pourquoi la CEDEAO est contestée et les implications du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Les dossiers sur la table

Le communiqué ne nomme pas les thèmes des groupes de travail. La presse régionale cite cinq domaines : circulation des personnes et des biens, infrastructures, développement, paix et sécurité, questions juridiques et institutionnelles.

Circulation des personnes

C’est le dossier le plus sensible pour les populations et pour les employeurs. Depuis le 29 janvier 2025, la CEDEAO applique des mesures transitoires : elle reconnaît les passeports et cartes d’identité nationaux des ressortissants des trois pays qui portent son logo, et ces citoyens peuvent voyager, résider et s’établir dans l’espace communautaire sans visa. Ces mesures restent valables jusqu’à ce que la Conférence des chefs d’État fixe les modalités des relations futures. À Dakar, aucune mesure nouvelle n’a été annoncée sur les visas ou les formalités aux frontières.

Commerce et douanes

Les biens et services originaires des trois pays restent traités selon le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO, toujours au titre des mesures transitoires. En parallèle, l’AES construit son propre cadre : un prélèvement confédéral de 0,5 % sur les importations depuis mars 2025, et un tarif préférentiel pour les marchandises d’origine AES, préparé à Ouagadougou du 12 au 16 octobre 2026. Les douanes du Togo, via l’Office togolais des recettes, ont été associées à ces travaux pour l’interconnexion douanière et la sécurisation du transit, selon le directeur général des douanes burkinabè, Yves Kafando. Aucun taux ni aucune liste de produits n’a été publié. Sur les instruments financiers et douaniers de la Confédération, voir la souveraineté financière de l’AES.

Paix et sécurité

Selon RFI, un groupe de travail portera sur la lutte contre le terrorisme. L’enjeu est concret : la menace jihadiste déborde vers le nord du Bénin, du Togo et du Nigeria, alors que la coopération entre forces de part et d’autre des frontières reste limitée. La frontière entre le Bénin et le Niger, fermée depuis août 2023, en est l’exemple le plus visible. Voir pourquoi les attaques augmentent au nord du Bénin et comment les services de renseignement coopèrent réellement.

Ce que cela change pour les organisations exposées

À court terme, rien ne change dans les règles. À moyen terme, trois points méritent un suivi.

1. Les règles de circulation restent provisoires

Le régime qui permet aujourd’hui à un salarié malien, burkinabè ou nigérien de travailler au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Togo sans visa repose sur des mesures transitoires, pas sur un traité. Tant que l’accord-cadre n’est pas signé, il peut être confirmé, aménagé ou remis en cause par une décision de la Conférence des chefs d’État. Les équipes RH et sûreté qui gèrent du personnel régional ont intérêt à suivre le sommet d’Abuja de décembre 2026.

2. Deux cadres douaniers à suivre en même temps

Un flux qui part de Lomé, de Cotonou, d’Abidjan ou de Dakar vers Bamako, Ouagadougou ou Niamey traverse désormais deux régimes : celui de la CEDEAO et celui de l’AES, qui se dote de règles d’origine et d’un tarif préférentiel. Le risque n’est pas un blocage brutal, mais des changements de procédure à l’entrée dans l’espace confédéral. Ils s’ajoutent aux contraintes de sûreté déjà fortes sur les axes, décrites dans notre analyse des corridors commerciaux et notre guide sur les convois routiers.

3. Une coopération sécuritaire qui reste à bâtir

Si un volet antiterroriste aboutit, il pourrait améliorer le partage d’information aux frontières entre le Sahel central et les pays côtiers. C’est un signal à suivre pour les organisations implantées dans les zones frontalières, sans en attendre d’effet rapide : les capacités opérationnelles ne se décrètent pas dans un communiqué. La carte des risques sécuritaires en Afrique de l’Ouest situe les zones concernées.

Point de vigilance

Toute annonce de visa ou de « fermeture » de l’espace CEDEAO aux ressortissants de l’AES doit s’appuyer sur une décision publiée de la Conférence des chefs d’État. Au 20 octobre 2026, aucune décision de ce type n’a été publiée. Vérifiez toute consigne auprès des sources officielles avant de modifier un déplacement.

Ce que l’on ne sait pas encore

  • Le mandat des groupes : ni leurs membres, ni leurs thèmes exacts, ni leurs échéances n’ont été rendus publics.
  • Le texte : aucun projet d’accord-cadre n’a circulé. On ignore si la CEDEAO acceptera un régime propre aux trois pays.
  • Le calendrier : la prochaine session ministérielle n’a ni date ni lieu ; le sommet d’Abuja de décembre est la seule échéance connue.
  • Les lignes rouges : la presse régionale évoque trois points « non négociables » dans le mandat de l’AES, sans les détailler.

Pour replacer cette séquence dans l’actualité régionale, voir le panorama de l’Afrique de l’Ouest d’octobre 2026 et celui de septembre.

Questions fréquentes

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger vont-ils revenir dans la CEDEAO ?

Rien ne l’indique. L’AES négocie explicitement « d’entité à entité » et écarte tout retour. Côté CEDEAO, le négociateur en chef Lansana Kouyaté n’exclut pas un retour un jour, mais estime qu’il ne peut pas être demandé aujourd’hui.

Faut-il un visa pour un ressortissant de l’AES dans l’espace CEDEAO ?

Non, au 20 octobre 2026. Les mesures transitoires du 29 janvier 2025 maintiennent la libre circulation sans visa et la reconnaissance des documents nationaux portant le logo de la CEDEAO. La session de Dakar n’a rien changé à ce régime.

Qu’a décidé la réunion de Dakar du 17 octobre 2026 ?

La création de groupes de travail conjoints chargés de préparer un accord-cadre de coopération entre la CEDEAO et l’AES. Leurs conclusions seront soumises aux ministres lors d’une prochaine session, dont la date reste à fixer.

Quand un accord CEDEAO-AES pourrait-il être conclu ?

Aucune date n’est fixée. Le Nigeria attend un projet d’accord-cadre général pour le sommet de la CEDEAO de décembre 2026 à Abuja, mais rien ne garantit qu’il sera prêt à cette échéance.

Sources

Vous faites circuler du personnel ou du fret dans cette zone ? Voyez les incidents sur vos axes en 20 minutes.

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