{"id":22816,"date":"2025-12-12T16:55:30","date_gmt":"2025-12-12T16:55:30","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/?p=22816"},"modified":"2026-03-22T18:06:02","modified_gmt":"2026-03-22T18:06:02","slug":"la-cooperation-policiere-regionale-est-elle-efficace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/la-cooperation-policiere-regionale-est-elle-efficace\/","title":{"rendered":"La coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale est-elle efficace ?"},"content":{"rendered":"<p><h2>Pourquoi la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale est devenue centrale<\/h2>\n<\/p>\n<p>En Afrique de l\u2019Ouest, la criminalit\u00e9 transnationale (trafics, cybercriminalit\u00e9, blanchiment) et les groupes arm\u00e9s violents exploitent les fronti\u00e8res poreuses, les faiblesses des \u00c9tats et les lenteurs judiciaires. Face \u00e0 ces menaces, la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9change d\u2019informations, les op\u00e9rations conjointes et les m\u00e9canismes de coordination entre services de s\u00e9curit\u00e9 \u2013 est devenue un pilier affich\u00e9 des strat\u00e9gies nationales et r\u00e9gionales.<\/p>\n<p>La question de son efficacit\u00e9 est pourtant loin d\u2019\u00eatre tranch\u00e9e. Les dispositifs se sont multipli\u00e9s, mais leur impact r\u00e9el reste contrast\u00e9, avec des r\u00e9ussites ponctuelles et des limites structurelles persistantes.<\/p>\n<p><h2>Les principaux cadres de coop\u00e9ration polici\u00e8re en Afrique de l\u2019Ouest<\/h2>\n<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale repose sur un empilement de cadres institutionnels, plus ou moins op\u00e9rationnels, qui se chevauchent souvent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>CEDEAO<\/strong> (Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest) : cadre politique global pour la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gionale (Convention de 1999 sur la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re, plan d\u2019action contre le terrorisme, strat\u00e9gie maritime int\u00e9gr\u00e9e, etc.).<\/li>\n<li><strong>WAPCCO<\/strong> (West African Police Chiefs Committee) : comit\u00e9 des chefs de police de la r\u00e9gion, soutenu par INTERPOL, visant \u00e0 harmoniser les pratiques, renforcer l\u2019\u00e9change d\u2019informations et organiser des op\u00e9rations conjointes.<\/li>\n<li><strong>INTERPOL<\/strong> : bureaux nationaux dans chaque pays, bases de donn\u00e9es partag\u00e9es (notamment sur les personnes recherch\u00e9es, documents vol\u00e9s, armes, v\u00e9hicules), op\u00e9rations r\u00e9gionales cibl\u00e9es (trafic de drogue, faune, faux m\u00e9dicaments, etc.).<\/li>\n<li><strong>Plateformes de coop\u00e9ration polici\u00e8re transfrontali\u00e8re<\/strong> : postes de police conjoints ou centres de coop\u00e9ration (par exemple dans les zones frontali\u00e8res Burkina Faso\u2013C\u00f4te d\u2019Ivoire, Niger\u2013Nigeria, Mali\u2013Mauritanie, etc.).<\/li>\n<li><strong>Initiatives th\u00e9matiques<\/strong> : r\u00e9seaux sp\u00e9cialis\u00e9s (lutte antidrogue, police maritime dans le Golfe de Guin\u00e9e, lutte contre la traite des personnes ou le trafic d\u2019armes), souvent soutenus par l\u2019ONU, l\u2019UE ou des \u00c9tats partenaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 ces dispositifs formels s\u2019ajoutent des <strong>coop\u00e9rations bilat\u00e9rales discr\u00e8tes<\/strong> entre services (renseignement, police judiciaire, douanes), parfois plus r\u00e9actives mais peu visibles.<\/p>\n<p><h2>Des avanc\u00e9es r\u00e9elles : o\u00f9 la coop\u00e9ration fonctionne-t-elle ?<\/h2>\n<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 de nombreuses limites, plusieurs domaines montrent des progr\u00e8s notables.<\/p>\n<p><h3>Meilleure circulation de l\u2019information polici\u00e8re<\/h3>\n<\/p>\n<p>Dans la plupart des pays ouest-africains, les bureaux nationaux INTERPOL sont aujourd\u2019hui op\u00e9rationnels et connect\u00e9s aux services d\u2019enqu\u00eate. On observe :<\/p>\n<ul>\n<li>une <strong>augmentation des requ\u00eates<\/strong> et consultations de bases de donn\u00e9es r\u00e9gionales et internationales ;<\/li>\n<li>un recours plus fr\u00e9quent aux <strong>notices INTERPOL<\/strong> pour les fugitifs circulant entre pays de la r\u00e9gion ;<\/li>\n<li>des <strong>\u00e9changes plus rapides<\/strong> d\u2019informations dans certains dossiers de terrorisme, de kidnapping ou de trafics.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les plateformes transfrontali\u00e8res permettent, dans certains cas, des <strong>r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res<\/strong> entre forces de s\u00e9curit\u00e9 voisines, ce qui r\u00e9duit les blocages li\u00e9s \u00e0 la m\u00e9fiance ou \u00e0 la m\u00e9connaissance mutuelle.<\/p>\n<p><h3>Op\u00e9rations conjointes contre certains trafics<\/h3>\n<\/p>\n<p>Des op\u00e9rations r\u00e9gionales coordonn\u00e9es (souvent avec INTERPOL, l\u2019ONUDC ou l\u2019UE) ont permis :<\/p>\n<ul>\n<li>des <strong>saisies significatives<\/strong> de drogues, d\u2019armes l\u00e9g\u00e8res, de carburant ou de produits de contrebande ;<\/li>\n<li>le <strong>d\u00e9mant\u00e8lement de r\u00e9seaux<\/strong> impliqu\u00e9s dans la traite des personnes ou le trafic de migrants ;<\/li>\n<li>des <strong>contr\u00f4les coordonn\u00e9s<\/strong> dans des ports et a\u00e9roports (Golfe de Guin\u00e9e notamment), avec partage d\u2019alertes et de profils de risque.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces op\u00e9rations restent ponctuelles, mais elles d\u00e9montrent la capacit\u00e9 de plusieurs services de police \u00e0 travailler ensemble sur des objectifs cibl\u00e9s, avec un appui technique et logistique ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p><h3>Standardisation progressive de certains outils<\/h3>\n<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration r\u00e9gionale a contribu\u00e9 \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>la diffusion de <strong>proc\u00e9dures communes<\/strong> dans la lutte contre le blanchiment, la cybercriminalit\u00e9 ou la traite des personnes ;<\/li>\n<li>la mise \u00e0 niveau de certains <strong>cadres juridiques nationaux<\/strong> (criminalisation du terrorisme, financement du terrorisme, coop\u00e9ration judiciaire) ;<\/li>\n<li>la formation conjointe de policiers, gendarmes et douaniers sur des modules communs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces processus restent in\u00e9gaux, mais ils cr\u00e9ent un socle minimal de compr\u00e9hension partag\u00e9e des menaces et des outils de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p><h2>Des limites structurelles qui p\u00e8sent sur l\u2019efficacit\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ces avanc\u00e9es, la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale est loin d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur des d\u00e9fis s\u00e9curitaires. Plusieurs freins majeurs reviennent syst\u00e9matiquement dans les analyses sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<p><h3>Capacit\u00e9s nationales in\u00e9gales et surcharge des services<\/h3>\n<\/p>\n<p>Les forces de police et de gendarmerie de nombreux pays de la r\u00e9gion font face \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>un <strong>manque de ressources<\/strong> humaines, mat\u00e9rielles et technologiques ;<\/li>\n<li>des <strong>priorit\u00e9s internes pressantes<\/strong> (ins\u00e9curit\u00e9 urbaine, tensions politiques, maintien de l\u2019ordre, conflits locaux) qui r\u00e9duisent la disponibilit\u00e9 pour la coop\u00e9ration r\u00e9gionale ;<\/li>\n<li>une <strong>faible informatisation<\/strong> et des bases de donn\u00e9es nationales incompl\u00e8tes, limitant la qualit\u00e9 des informations partag\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La coop\u00e9ration r\u00e9gionale ne peut \u00eatre plus forte que ses maillons nationaux les plus faibles. Les \u00e9carts de capacit\u00e9s entre \u00c9tats cr\u00e9ent des zones \u00ab grises \u00bb exploit\u00e9es par les groupes criminels et arm\u00e9s.<\/p>\n<p><h3>D\u00e9fis de confiance et de volont\u00e9 politique<\/h3>\n<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration polici\u00e8re suppose un <strong>partage d\u2019informations sensibles<\/strong>, parfois sur des sujets politiquement d\u00e9licats (complicit\u00e9s locales, corruption, rivalit\u00e9s de services). Plusieurs obstacles apparaissent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>m\u00e9fiance entre \u00c9tats<\/strong>, accentu\u00e9e par des tensions diplomatiques, des coups d\u2019\u00c9tat ou des divergences strat\u00e9giques (notamment au Sahel ces derni\u00e8res ann\u00e9es) ;<\/li>\n<li><strong>r\u00e9ticence \u00e0 partager<\/strong> certaines informations jug\u00e9es trop sensibles ou pouvant exposer des dysfonctionnements internes ;<\/li>\n<li><strong>instrumentalisation politique<\/strong> possible des m\u00e9canismes r\u00e9gionaux, par exemple pour poursuivre des opposants ou des exil\u00e9s sous couvert de \u00ab lutte contre le terrorisme \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments limitent la profondeur r\u00e9elle des \u00e9changes, surtout dans les dossiers les plus sensibles (terrorisme, criminalit\u00e9 politico-\u00e9conomique, corruption de haut niveau).<\/p>\n<p><h3>Fragmentation institutionnelle et chevauchement des initiatives<\/h3>\n<\/p>\n<p>La multiplication des programmes, projets et plateformes cr\u00e9e un <strong>risque de dispersion<\/strong> :<\/p>\n<ul>\n<li>plusieurs <strong>structures parall\u00e8les<\/strong> traitent des m\u00eames sujets (terrorisme, trafic de drogue, piraterie), avec des mandats qui se recoupent ;<\/li>\n<li>des <strong>initiatives pilot\u00e9es par des partenaires ext\u00e9rieurs<\/strong> peuvent \u00eatre peu coordonn\u00e9es entre elles, chaque bailleur privil\u00e9giant son propre cadre ;<\/li>\n<li>les services nationaux sont parfois <strong>sollicit\u00e9s par trop de m\u00e9canismes<\/strong>, sans moyens suffisants pour les alimenter tous.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette complexit\u00e9 institutionnelle nuit \u00e0 la lisibilit\u00e9 et \u00e0 la continuit\u00e9 des efforts, surtout lorsque les financements ext\u00e9rieurs se r\u00e9orientent ou s\u2019interrompent.<\/p>\n<p><h3>Faiblesse de la coop\u00e9ration judiciaire et des suites p\u00e9nales<\/h3>\n<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration polici\u00e8re ne produit des effets durables que si elle est suivie de <strong>poursuites judiciaires efficaces<\/strong>. Or, plusieurs limites sont r\u00e9currentes :<\/p>\n<ul>\n<li>proc\u00e9dures d\u2019<strong>extradition lentes ou politis\u00e9es<\/strong> ;<\/li>\n<li>cadres juridiques parfois <strong>non harmonis\u00e9s<\/strong>, compliquant la qualification des infractions transnationales ;<\/li>\n<li><strong>congestion des syst\u00e8mes judiciaires<\/strong>, manque de moyens des parquets et tribunaux pour traiter des dossiers complexes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>R\u00e9sultat : des arrestations peuvent rester sans suites significatives, ou les r\u00e9seaux se reconstituent rapidement. Du point de vue des groupes criminels ou arm\u00e9s, le risque r\u00e9el de sanction demeure limit\u00e9.<\/p>\n<p><h2>Coop\u00e9ration polici\u00e8re et lutte contre le terrorisme : un bilan contrast\u00e9<\/h2>\n<\/p>\n<p>La mont\u00e9e en puissance des groupes jihadistes au Sahel et leurs connexions vers les pays c\u00f4tiers ont renforc\u00e9 la pression pour une coop\u00e9ration polici\u00e8re accrue. Plusieurs tendances peuvent \u00eatre relev\u00e9es.<\/p>\n<p><h3>Am\u00e9lioration de la veille et des \u00e9changes d\u2019alerte<\/h3>\n<\/p>\n<p>On observe :<\/p>\n<ul>\n<li>une <strong>circulation plus rapide<\/strong> d\u2019alertes sur des individus suspects, des modes op\u00e9ratoires ou des menaces d\u2019attentats ;<\/li>\n<li>des <strong>groupes de travail r\u00e9gionaux<\/strong> associant police, gendarmerie et services de renseignement ;<\/li>\n<li>des <strong>programmes de renforcement de capacit\u00e9s<\/strong> ciblant la police judiciaire antiterroriste (enqu\u00eates financi\u00e8res, exploitation num\u00e9rique, etc.).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces efforts ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9jouer certains projets d\u2019attaque et \u00e0 perturber des circuits logistiques (armes, financement, d\u00e9placements).<\/p>\n<p><h3>Mais une r\u00e9ponse encore en d\u00e9calage avec les dynamiques locales<\/h3>\n<\/p>\n<p>Plusieurs limites persistent :<\/p>\n<ul>\n<li>les <strong>zones rurales et frontali\u00e8res<\/strong> les plus touch\u00e9es par l\u2019extr\u00e9misme violent restent souvent peu couvertes par les dispositifs policiers sp\u00e9cialis\u00e9s ;<\/li>\n<li>la <strong>cooperation reste centr\u00e9e sur les capitales<\/strong> et les grandes villes, avec un d\u00e9calage entre les niveaux central et local ;<\/li>\n<li>les groupes arm\u00e9s exploitent la <strong>faiblesse de l\u2019\u00c9tat local<\/strong>, les conflits fonciers ou pastoraux et les griefs communautaires, dimensions que la coop\u00e9ration polici\u00e8re seule ne peut traiter.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La coop\u00e9ration polici\u00e8re peut perturber certains flux (armes, argent, d\u00e9placements), mais elle ne r\u00e9pond pas aux causes profondes de l\u2019enracinement des groupes arm\u00e9s dans les territoires.<\/p>\n<p><h2>Quels crit\u00e8res pour juger de l\u2019efficacit\u00e9 ?<\/h2>\n<\/p>\n<p>L\u2019efficacit\u00e9 de la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale ne se mesure pas uniquement au nombre d\u2019arrestations ou de saisies. Plusieurs crit\u00e8res plus qualitatifs sont utiles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9tecter et documenter<\/strong> les r\u00e9seaux transnationaux (qualit\u00e9 du renseignement, cartographie des flux) ;<\/li>\n<li><strong>r\u00e9activit\u00e9<\/strong> face aux menaces \u00e9mergentes (adaptation aux nouveaux modes op\u00e9ratoires, cybercriminalit\u00e9, crypto-actifs, etc.) ;<\/li>\n<li><strong>r\u00e9silience institutionnelle<\/strong> : continuit\u00e9 des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration malgr\u00e9 les crises politiques, les changements de gouvernement ou les ruptures d\u2019alliances ;<\/li>\n<li><strong>int\u00e9gration avec la justice<\/strong> : capacit\u00e9 \u00e0 transformer les op\u00e9rations polici\u00e8res en condamnations effectives et en d\u00e9mant\u00e8lement durable des r\u00e9seaux ;<\/li>\n<li><strong>perception locale<\/strong> : confiance des populations dans les forces de s\u00e9curit\u00e9, coop\u00e9ration des communaut\u00e9s frontali\u00e8res avec la police.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur ces diff\u00e9rents plans, le bilan est nuanc\u00e9 : des progr\u00e8s r\u00e9els dans la structuration des outils et des r\u00e9seaux de coop\u00e9ration, mais un impact encore limit\u00e9 sur la trajectoire globale de la criminalit\u00e9 organis\u00e9e et de l\u2019extr\u00e9misme violent.<\/p>\n<p><h2>Tendances r\u00e9centes et signaux \u00e0 surveiller<\/h2>\n<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9volutions m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re dans les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p><h3>Num\u00e9risation et donn\u00e9es biom\u00e9triques<\/h3>\n<\/p>\n<p>La mont\u00e9e en puissance des syst\u00e8mes biom\u00e9triques (passeports, contr\u00f4le aux fronti\u00e8res), des bases de donn\u00e9es partag\u00e9es et des outils de surveillance num\u00e9rique ouvre de nouvelles possibilit\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>meilleure <strong>tra\u00e7abilit\u00e9 des d\u00e9placements<\/strong> transfrontaliers ;<\/li>\n<li>d\u00e9tection plus fine de <strong>falsification de documents<\/strong> ;<\/li>\n<li>croisement de donn\u00e9es entre services (police, immigration, douanes).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces technologies peuvent renforcer l\u2019efficacit\u00e9, mais posent aussi des questions de <strong>protection des donn\u00e9es<\/strong>, de gouvernance et de risque d\u2019usage abusif \u00e0 des fins politiques.<\/p>\n<p><h3>Reconfigurations politiques et s\u00e9curitaires r\u00e9gionales<\/h3>\n<\/p>\n<p>Les transitions politiques, coups d\u2019\u00c9tat et recompositions d\u2019alliances (notamment au Sahel) ont un impact direct sur la coop\u00e9ration polici\u00e8re :<\/p>\n<ul>\n<li>r\u00e9duction ou suspension de certains <strong>programmes de coop\u00e9ration<\/strong> avec des partenaires internationaux ;<\/li>\n<li>recentrage sur des cadres alternatifs ou plus restreints (coalitions ad hoc, accords bilat\u00e9raux) ;<\/li>\n<li>risque de <strong>fragmentation r\u00e9gionale<\/strong>, avec des sous-ensembles d\u2019\u00c9tats coop\u00e9rant davantage entre eux qu\u2019avec l\u2019ensemble de la CEDEAO.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La robustesse de la coop\u00e9ration polici\u00e8re sera en partie test\u00e9e par sa capacit\u00e9 \u00e0 survivre \u00e0 ces turbulences politiques.<\/p>\n<p><h3>Articulation avec les dynamiques locales de s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<\/p>\n<p>Une tendance \u00e9mergente est la tentative de mieux articuler :<\/p>\n<ul>\n<li>les <strong>m\u00e9canismes r\u00e9gionaux<\/strong> (bases de donn\u00e9es, cadres juridiques, formations) ;<\/li>\n<li>les <strong>dispositifs nationaux<\/strong> ;<\/li>\n<li>et les <strong>r\u00e9alit\u00e9s locales<\/strong> : polices de proximit\u00e9, comit\u00e9s de vigilance, autorit\u00e9s coutumi\u00e8res et religieuses.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sans cette articulation, la coop\u00e9ration polici\u00e8re risque de rester un dispositif \u00ab par le haut \u00bb, peu visible pour les populations et d\u00e9tach\u00e9 des besoins quotidiens de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p><h2>\u00c9l\u00e9ments de conclusion : une efficacit\u00e9 relative, mais indispensable<\/h2>\n<\/p>\n<p>La coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale en Afrique de l\u2019Ouest est <strong>indispensable<\/strong> face \u00e0 des menaces qui ignorent les fronti\u00e8res. Elle a permis des avanc\u00e9es concr\u00e8tes en mati\u00e8re d\u2019\u00e9change d\u2019informations, de standardisation d\u2019outils et d\u2019op\u00e9rations conjointes, notamment contre certains trafics et dans la lutte antiterroriste.<\/p>\n<p>Son <strong>efficacit\u00e9 reste toutefois relative<\/strong>, frein\u00e9e par des capacit\u00e9s nationales in\u00e9gales, des tensions politiques, une coop\u00e9ration judiciaire insuffisante et un d\u00e9calage persistant entre les dispositifs r\u00e9gionaux et les r\u00e9alit\u00e9s locales. Elle appara\u00eet comme une condition n\u00e9cessaire mais non suffisante : elle doit s\u2019inscrire dans une approche plus large, incluant gouvernance, justice, d\u00e9veloppement et gestion des conflits locaux.<\/p>\n<p>Pour les acteurs publics, priv\u00e9s ou associatifs expos\u00e9s aux risques s\u00e9curitaires dans la r\u00e9gion, l\u2019enjeu est moins de savoir si la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale est \u00ab efficace \u00bb en soi que de comprendre <strong>o\u00f9 elle fonctionne, o\u00f9 elle bloque, et comment elle \u00e9volue<\/strong>. C\u2019est cette compr\u00e9hension fine qui permet d\u2019anticiper les zones de vuln\u00e9rabilit\u00e9, mais aussi les espaces o\u00f9 les institutions r\u00e9gionales peuvent constituer des relais ou des partenaires pertinents.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi la coop\u00e9ration polici\u00e8re r\u00e9gionale est devenue centrale En Afrique de l\u2019Ouest, la criminalit\u00e9 transnationale (trafics, cybercriminalit\u00e9, blanchiment) et les groupes arm\u00e9s violents exploitent les fronti\u00e8res poreuses, les faiblesses des \u00c9tats et les lenteurs judiciaires. 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