{"id":22717,"date":"2025-11-30T09:08:13","date_gmt":"2025-11-30T09:08:13","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/?p=22717"},"modified":"2026-03-22T18:06:11","modified_gmt":"2026-03-22T18:06:11","slug":"comment-fonctionnent-les-reseaux-de-contrebande-au-sahel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/comment-fonctionnent-les-reseaux-de-contrebande-au-sahel\/","title":{"rendered":"Comment fonctionnent les r\u00e9seaux de contrebande au Sahel ?"},"content":{"rendered":"<p>Les r\u00e9seaux de contrebande au Sahel forment une \u00e9conomie parall\u00e8le profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019histoire de la r\u00e9gion. Ils ne se r\u00e9sument ni \u00e0 quelques \u00ab barons \u00bb ni \u00e0 des groupes arm\u00e9s jihadistes : ils reposent sur une multitude d\u2019acteurs, de petits transporteurs locaux jusqu\u2019aux interm\u00e9diaires transnationaux, articul\u00e9s autour de routes anciennes et de nouvelles opportunit\u00e9s \u00e9conomiques.<\/p>\n<h2>Une \u00e9conomie de passage au c\u0153ur du Sahel<\/h2>\n<p>Le Sahel relie l\u2019Afrique du Nord, l\u2019Afrique de l\u2019Ouest c\u00f4ti\u00e8re et, plus \u00e0 l\u2019est, la Corne de l\u2019Afrique. Cette position en fait une zone de transit strat\u00e9gique pour des flux licites et illicites. Historiquement, les routes transsahariennes servaient au commerce du sel, de l\u2019or et du b\u00e9tail. Aujourd\u2019hui, elles sont r\u00e9investies par des trafics de carburant, de cigarettes, de m\u00e9dicaments, de drogues, de biens de consommation, mais aussi par des flux de migrants.<\/p>\n<p>La contrebande se d\u00e9veloppe dans un contexte de :<\/p>\n<ul>\n<li>faible pr\u00e9sence \u00e9tatique dans de vastes zones rurales et d\u00e9sertiques ;<\/li>\n<li>fronti\u00e8res longues, poreuses et difficiles \u00e0 contr\u00f4ler ;<\/li>\n<li>\u00e9conomies nationales fragiles et taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9s, notamment chez les jeunes ;<\/li>\n<li>\u00e9carts de prix et de fiscalit\u00e9 entre pays voisins, qui cr\u00e9ent des opportunit\u00e9s de profit ;<\/li>\n<li>conflits arm\u00e9s et crises politiques qui d\u00e9sorganisent les contr\u00f4les et d\u00e9tournent les ressources s\u00e9curitaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9seaux de contrebande ne sont donc pas un ph\u00e9nom\u00e8ne marginal : ils structurent une part importante de l\u2019\u00e9conomie locale dans certaines r\u00e9gions frontali\u00e8res.<\/p>\n<h2>Qui sont les acteurs de la contrebande sah\u00e9lienne ?<\/h2>\n<p>Les recherches de terrain (Small Arms Survey, Clingendael, ISS Africa, ICG) montrent que la contrebande au Sahel repose sur une mosa\u00efque d\u2019acteurs aux profils et aux motivations vari\u00e9s.<\/p>\n<h3>Petits transporteurs et interm\u00e9diaires locaux<\/h3>\n<p>\u00c0 la base, on trouve une multitude de petits acteurs :<\/p>\n<ul>\n<li>chauffeurs de v\u00e9hicules tout-terrain ou de camions ;<\/li>\n<li>mototaxis et conducteurs de tricycles dans les zones rurales ;<\/li>\n<li>porteurs \u00e0 pied ou \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne dans les zones les plus enclav\u00e9es ;<\/li>\n<li>petits commer\u00e7ants de march\u00e9, d\u00e9taillants de carburant en bidons, vendeurs de cigarettes, etc.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour ces acteurs, la contrebande est souvent une strat\u00e9gie de survie \u00e9conomique plut\u00f4t qu\u2019une activit\u00e9 criminelle id\u00e9ologique. Ils op\u00e8rent \u00e0 petite \u00e9chelle, parfois de mani\u00e8re saisonni\u00e8re, et sont ins\u00e9r\u00e9s dans des r\u00e9seaux familiaux, communautaires ou tribaux.<\/p>\n<h3>Grossistes, logisticiens et \u00ab facilitateurs \u00bb<\/h3>\n<p>Au-dessus de ces petits acteurs se trouvent des interm\u00e9diaires plus structur\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li>grossistes qui ach\u00e8tent en volume pour redistribuer sur plusieurs march\u00e9s ;<\/li>\n<li>logisticiens qui organisent les convois, les itin\u00e9raires et les stockages ;<\/li>\n<li>\u00ab facilitateurs \u00bb qui entretiennent des relations avec les forces de s\u00e9curit\u00e9, les douanes ou les \u00e9lus locaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces interm\u00e9diaires g\u00e8rent la dimension la plus sensible des trafics : n\u00e9gociation de \u00ab taxes \u00bb informelles, corruption, gestion des risques d\u2019interception, diversification des routes. Ils assurent le lien entre les circuits locaux et les r\u00e9seaux transnationaux plus discrets.<\/p>\n<h3>\u00c9lites \u00e9conomiques et politiques impliqu\u00e9es<\/h3>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes soulignent l\u2019implication, directe ou indirecte, de segments d\u2019\u00e9lites \u00e9conomiques et politiques dans certaines formes de contrebande :<\/p>\n<ul>\n<li>importateurs disposant de licences officielles mais qui sous-d\u00e9clarent les volumes ou redirigent une partie de la marchandise vers des circuits illicites ;<\/li>\n<li>hommes d\u2019affaires proches des cercles de pouvoir qui investissent dans des flottes de camions ou dans le commerce de gros ;<\/li>\n<li>\u00e9lus locaux ou responsables administratifs qui tirent profit de \u00ab taxes \u00bb informelles sur le passage des biens.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette imbrication entre \u00e9conomie formelle et informelle complique la lutte contre la contrebande : les fronti\u00e8res entre activit\u00e9s licites et illicites sont parfois floues.<\/p>\n<h3>Groupes arm\u00e9s, milices et groupes jihadistes<\/h3>\n<p>Les groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques \u2013 milices communautaires, groupes rebelles, factions jihadistes \u2013 occupent des segments sp\u00e9cifiques des cha\u00eenes de contrebande :<\/p>\n<ul>\n<li>imposition de \u00ab droits de passage \u00bb sur les convois ;<\/li>\n<li>protection arm\u00e9e des routes et des d\u00e9p\u00f4ts ;<\/li>\n<li>contr\u00f4le de certains points de passage frontaliers ou tron\u00e7ons de route.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les groupes jihadistes, en particulier au Mali, au Niger et au Burkina Faso, tirent des revenus de ces pr\u00e9l\u00e8vements, mais ils ne contr\u00f4lent pas n\u00e9cessairement l\u2019ensemble des circuits. Ils s\u2019ins\u00e8rent dans des r\u00e9seaux pr\u00e9existants, souvent en n\u00e9gociant avec des notables locaux, des commer\u00e7ants ou des chefs de tribus.<\/p>\n<h2>Quels types de trafics et quelles routes ?<\/h2>\n<p>La contrebande au Sahel recouvre une grande diversit\u00e9 de biens, avec des logiques \u00e9conomiques sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>Carburant, cigarettes et biens de consommation<\/h3>\n<p>Les trafics les plus r\u00e9pandus concernent des produits de grande consommation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>carburant<\/strong> : import\u00e9 l\u00e9galement dans un pays puis r\u00e9export\u00e9 de mani\u00e8re informelle vers un voisin o\u00f9 le prix est plus \u00e9lev\u00e9 ; revendu en bidons ou en petits points de vente ;<\/li>\n<li><strong>cigarettes<\/strong> : achemin\u00e9es depuis l\u2019Afrique du Nord ou les ports c\u00f4tiers, souvent via des circuits de sous-d\u00e9claration douani\u00e8re ;<\/li>\n<li><strong>produits alimentaires et manufactur\u00e9s<\/strong> : sucre, farine, huile, pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es, textiles, m\u00e9dicaments, parfois falsifi\u00e9s ou de qualit\u00e9 incertaine.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces trafics reposent sur des \u00e9carts de prix, de subventions et de fiscalit\u00e9. Ils sont parfois tol\u00e9r\u00e9s localement car ils contribuent \u00e0 l\u2019approvisionnement des populations, notamment dans les zones enclav\u00e9es.<\/p>\n<h3>Drogues et flux \u00e0 plus forte valeur ajout\u00e9e<\/h3>\n<p>La r\u00e9gion sah\u00e9lienne est \u00e9galement une zone de transit pour des drogues \u00e0 forte valeur :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>coca\u00efne<\/strong> : achemin\u00e9e depuis l\u2019Am\u00e9rique du Sud vers les c\u00f4tes ouest-africaines, puis transport\u00e9e vers le nord (Maghreb, Europe) via des routes sah\u00e9liennes ;<\/li>\n<li><strong>r\u00e9sine de cannabis<\/strong> : produite notamment au Maghreb et transitant vers l\u2019Afrique de l\u2019Ouest ou l\u2019Europe ;<\/li>\n<li><strong>m\u00e9dicaments d\u00e9tourn\u00e9s ou psychotropes<\/strong> : circulant entre pays c\u00f4tiers et zones int\u00e9rieures.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces trafics impliquent souvent des r\u00e9seaux plus r\u00e9duits, discrets, avec un degr\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9 de sophistication logistique et financi\u00e8re (blanchiment, soci\u00e9t\u00e9s-\u00e9crans, circuits bancaires et informels).<\/p>\n<h3>Migrations, orpaillage et autres flux<\/h3>\n<p>D\u2019autres formes de contrebande ou d\u2019\u00e9conomie informelle structurent les routes sah\u00e9liennes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>migrations<\/strong> : transport payant de migrants \u00e0 travers le Niger, le Mali ou le Burkina Faso vers l\u2019Afrique du Nord ;<\/li>\n<li><strong>orpaillage artisanal<\/strong> : or extrait et export\u00e9 en grande partie hors des circuits officiels, via des acheteurs informels et des r\u00e9seaux transfrontaliers ;<\/li>\n<li><strong>armes l\u00e9g\u00e8res<\/strong> : circulation r\u00e9gionale d\u2019armes issues d\u2019anciens conflits ou de d\u00e9tournements de stocks.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces flux s\u2019entrecroisent : une m\u00eame route peut servir au transport de migrants, de carburant et de cigarettes, selon les opportunit\u00e9s et les risques du moment.<\/p>\n<h2>Comment ces r\u00e9seaux s\u2019organisent-ils concr\u00e8tement ?<\/h2>\n<p>Les r\u00e9seaux de contrebande au Sahel fonctionnent rarement comme des organisations hi\u00e9rarchiques rigides. Ils ressemblent plut\u00f4t \u00e0 des \u00ab cha\u00eenes \u00bb ou \u00e0 des \u00ab plateformes \u00bb flexibles, o\u00f9 chaque acteur g\u00e8re un maillon sp\u00e9cifique.<\/p>\n<h3>Segmentation des t\u00e2ches et des risques<\/h3>\n<p>Pour r\u00e9duire les risques, les t\u00e2ches sont segment\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>un acteur finance l\u2019achat des marchandises ;<\/li>\n<li>d\u2019autres se chargent du transport sur un tron\u00e7on donn\u00e9 ;<\/li>\n<li>des relais locaux g\u00e8rent le stockage et la redistribution ;<\/li>\n<li>des interm\u00e9diaires traitent avec les autorit\u00e9s ou les groupes arm\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Chaque maillon conna\u00eet rarement l\u2019ensemble de la cha\u00eene. Cette fragmentation rend plus difficile le d\u00e9mant\u00e8lement complet d\u2019un r\u00e9seau.<\/p>\n<h3>Usage des liens sociaux et des appartenances identitaires<\/h3>\n<p>Les r\u00e9seaux s\u2019appuient sur des liens de confiance pr\u00e9existants :<\/p>\n<ul>\n<li>parent\u00e9 (famille \u00e9largie, clans) ;<\/li>\n<li>appartenance communautaire ou tribale ;<\/li>\n<li>r\u00e9seaux professionnels (transporteurs, commer\u00e7ants, orpailleurs).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces liens permettent de s\u00e9curiser les transactions, de r\u00e9gler les litiges et de partager l\u2019information sur les risques (pr\u00e9sence de patrouilles, tensions locales, etc.). Les appartenances ethniques ou tribales ne suffisent pas \u00e0 expliquer la contrebande, mais elles servent souvent de support \u00e0 des r\u00e9seaux \u00e9conomiques transfrontaliers anciens.<\/p>\n<h3>Corruption, arrangements et zones grises<\/h3>\n<p>La circulation des marchandises repose souvent sur des arrangements informels :<\/p>\n<ul>\n<li>paiement de \u00ab taxes \u00bb ou de pots-de-vin \u00e0 certains postes de contr\u00f4le ;<\/li>\n<li>n\u00e9gociations ponctuelles avec des chefs de poste ou des \u00e9lus ;<\/li>\n<li>usage de documents partiellement authentiques (faux certificats, sous-d\u00e9clarations).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces pratiques cr\u00e9ent des \u00ab zones grises \u00bb o\u00f9 se m\u00e9langent droit, tol\u00e9rance coutumi\u00e8re et ill\u00e9galit\u00e9. Dans certains cas, la distinction entre contrebande et commerce \u00ab normal \u00bb est peu claire pour les acteurs locaux.<\/p>\n<h2>Quels liens avec l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et les groupes jihadistes ?<\/h2>\n<p>La relation entre contrebande et ins\u00e9curit\u00e9 au Sahel est complexe et ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un financement direct du terrorisme. Plusieurs m\u00e9canismes sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h3>Ressources financi\u00e8res pour les groupes arm\u00e9s<\/h3>\n<p>Les groupes jihadistes et certaines milices tirent des revenus de :<\/p>\n<ul>\n<li>taxes pr\u00e9lev\u00e9es sur les convois (en argent, en carburant ou en marchandises) ;<\/li>\n<li>protection arm\u00e9e des routes ou des sites d\u2019orpaillage ;<\/li>\n<li>participation directe \u00e0 certains trafics, selon les contextes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces revenus compl\u00e8tent d\u2019autres sources (racket, enl\u00e8vements contre ran\u00e7on, contributions forc\u00e9es ou volontaires de certaines communaut\u00e9s, etc.). La d\u00e9pendance aux trafics varie fortement d\u2019un groupe \u00e0 l\u2019autre et d\u2019une zone \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<h3>Renforcement des \u00e9conomies de guerre locales<\/h3>\n<p>Dans les zones en conflit, la contrebande alimente des \u00ab \u00e9conomies de guerre \u00bb :<\/p>\n<ul>\n<li>les groupes arm\u00e9s se disputent le contr\u00f4le des routes lucratives ou des sites miniers ;<\/li>\n<li>les communaut\u00e9s locales s\u2019alignent parfois sur un groupe pour s\u00e9curiser leurs propres activit\u00e9s ;<\/li>\n<li>les armes et les munitions circulent plus facilement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette dynamique peut prolonger les conflits, m\u00eame lorsque les revendications politiques initiales s\u2019affaiblissent, car de nombreux acteurs tirent un avantage \u00e9conomique de la situation.<\/p>\n<h3>Ambivalence des perceptions locales<\/h3>\n<p>Pour une partie des populations, certains trafics \u2013 carburant, denr\u00e9es alimentaires, m\u00e9dicaments \u2013 sont per\u00e7us avant tout comme un moyen d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des biens essentiels. Les groupes qui s\u00e9curisent ces flux, m\u00eame s\u2019ils sont arm\u00e9s, peuvent \u00eatre vus comme des acteurs ambivalents : \u00e0 la fois source de menaces et fournisseurs de protection ou de revenus.<\/p>\n<p>Cette ambivalence complique les politiques de r\u00e9pression pure : couper brutalement les circuits de contrebande sans alternatives \u00e9conomiques peut fragiliser davantage les populations et renforcer le ressentiment envers l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<h2>Quelles tendances r\u00e9centes et quels enjeux strat\u00e9giques ?<\/h2>\n<p>Plusieurs \u00e9volutions r\u00e9centes influencent le fonctionnement des r\u00e9seaux de contrebande au Sahel.<\/p>\n<h3>Recomposition des routes sous l\u2019effet des crises politiques<\/h3>\n<p>Les coups d\u2019\u00c9tat au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la d\u00e9gradation des relations avec certains partenaires internationaux et le retrait progressif de plusieurs op\u00e9rations militaires \u00e9trang\u00e8res modifient l\u2019environnement s\u00e9curitaire et politique :<\/p>\n<ul>\n<li>certains tron\u00e7ons deviennent plus risqu\u00e9s, poussant les r\u00e9seaux \u00e0 ouvrir de nouvelles routes ;<\/li>\n<li>la coop\u00e9ration r\u00e9gionale en mati\u00e8re de contr\u00f4le des fronti\u00e8res est fragilis\u00e9e ;<\/li>\n<li>de nouveaux interm\u00e9diaires apparaissent, profitant des reconfigurations du pouvoir local.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9seaux de contrebande s\u2019adaptent rapidement \u00e0 ces changements, en testant diff\u00e9rents itin\u00e9raires et en r\u00e9ajustant leurs alliances.<\/p>\n<h3>Extension vers les pays c\u00f4tiers du Golfe de Guin\u00e9e<\/h3>\n<p>La pression s\u00e9curitaire au c\u0153ur du Sahel et l\u2019int\u00e9r\u00eat strat\u00e9gique croissant des pays c\u00f4tiers (B\u00e9nin, Togo, Ghana, C\u00f4te d\u2019Ivoire) conduisent \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>un d\u00e9placement partiel de certains flux (or, carburant, produits de contrebande) vers les zones foresti\u00e8res et c\u00f4ti\u00e8res ;<\/li>\n<li>une mont\u00e9e en puissance des corridors reliant ports maritimes et zones int\u00e9rieures ;<\/li>\n<li>une imbrication plus forte entre contrebande sah\u00e9lienne et \u00e9conomies portuaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette extension renforce les enjeux pour les \u00c9tats c\u00f4tiers, qui doivent concilier d\u00e9veloppement des \u00e9changes, lutte contre les trafics et pr\u00e9vention des risques s\u00e9curitaires.<\/p>\n<h3>Num\u00e9risation partielle et innovation logistique<\/h3>\n<p>Sans \u00eatre totalement \u00ab digitalis\u00e9s \u00bb, les r\u00e9seaux int\u00e8grent progressivement des outils num\u00e9riques :<\/p>\n<ul>\n<li>communications via messageries chiffr\u00e9es ;<\/li>\n<li>usage de transferts d\u2019argent mobile ou de services financiers informels ;<\/li>\n<li>coordination plus fine des convois gr\u00e2ce aux t\u00e9l\u00e9communications.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces \u00e9volutions am\u00e9liorent la r\u00e9activit\u00e9 des acteurs et compliquent le suivi des flux financiers associ\u00e9s \u00e0 la contrebande.<\/p>\n<h2>Entre r\u00e9pression, r\u00e9gulation et alternatives \u00e9conomiques<\/h2>\n<p>Les r\u00e9ponses \u00e9tatiques et internationales se sont longtemps concentr\u00e9es sur la r\u00e9pression (saisies, arrestations, renforcement des contr\u00f4les). Ces actions ont un effet, mais elles tendent aussi \u00e0 :<\/p>\n<ul>\n<li>d\u00e9placer les routes plut\u00f4t que supprimer les trafics ;<\/li>\n<li>renforcer la valeur des services offerts par les r\u00e9seaux capables de contourner les contr\u00f4les ;<\/li>\n<li>fragiliser des \u00e9conomies locales d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caires si elles ne sont pas accompagn\u00e9es de solutions alternatives.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les d\u00e9bats actuels insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer :<\/p>\n<ul>\n<li>les segments \u00e0 forte dimension criminelle organis\u00e9e (drogues, armes, blanchiment) ;<\/li>\n<li>les formes de contrebande de survie, li\u00e9es aux besoins d\u2019approvisionnement et aux faiblesses de l\u2019int\u00e9gration \u00e9conomique r\u00e9gionale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour de nombreux analystes, la r\u00e9duction durable de la contrebande au Sahel passe par :<\/p>\n<ul>\n<li>un renforcement de la gouvernance des fronti\u00e8res et des institutions locales ;<\/li>\n<li>une meilleure coordination r\u00e9gionale sur les politiques fiscales et douani\u00e8res ;<\/li>\n<li>des alternatives \u00e9conomiques cr\u00e9dibles pour les populations vivant des trafics de subsistance ;<\/li>\n<li>une action cibl\u00e9e sur les circuits financiers et logistiques des r\u00e9seaux les plus structur\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les r\u00e9seaux de contrebande au Sahel ne sont ni un bloc homog\u00e8ne ni un simple \u00ab outil \u00bb des groupes arm\u00e9s. Ils constituent une infrastructure \u00e9conomique et sociale profond\u00e9ment enracin\u00e9e, qui s\u2019adapte aux crises politiques et s\u00e9curitaires. Les comprendre n\u00e9cessite de croiser les niveaux local, national et r\u00e9gional, et d\u2019articuler les dimensions \u00e9conomiques, sociales et s\u00e9curitaires sans les r\u00e9duire \u00e0 une seule cause.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les r\u00e9seaux de contrebande au Sahel forment une \u00e9conomie parall\u00e8le profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans l\u2019histoire de la r\u00e9gion. Ils ne se r\u00e9sument ni \u00e0 quelques \u00ab barons \u00bb ni \u00e0 des groupes arm\u00e9s jihadistes : ils reposent sur une multitude d\u2019acteurs, de petits transporteurs locaux jusqu\u2019aux interm\u00e9diaires transnationaux, articul\u00e9s autour de routes anciennes et de nouvelles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_seopress_robots_primary_cat":"","_seopress_titles_title":"Contrebande au Sahel : acteurs, routes et liens avec les conflits","_seopress_titles_desc":"D\u00e9cryptage du fonctionnement des r\u00e9seaux de contrebande au Sahel : acteurs, routes transfrontali\u00e8res et connexions avec les groupes arm\u00e9s.","_seopress_robots_index":"","footnotes":""},"acteur":[111,110,109],"niveau":[114],"risque":[118,117],"thematique":[135,138,136],"zone":[127,129,128],"class_list":{"0":"post-22717","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"acteur-acteurs-economiques-formels-et-informels","7":"acteur-communautes-et-societe-civile","8":"acteur-groupes-armes-non-etatiques","9":"niveau-niveau-analytique","10":"risque-risques-economiques","11":"risque-risques-securitaires","12":"thematique-conflits-armes-et-terrorisme","13":"thematique-economie-ressources-et-trafics","14":"thematique-gouvernance-et-transitions-politiques","15":"zone-burkina-faso","16":"zone-mali","17":"zone-niger"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22717","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=22717"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22717\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22933,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/22717\/revisions\/22933"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=22717"}],"wp:term":[{"taxonomy":"acteur","embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/acteur?post=22717"},{"taxonomy":"niveau","embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/niveau?post=22717"},{"taxonomy":"risque","embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/risque?post=22717"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=22717"},{"taxonomy":"zone","embeddable":true,"href":"https:\/\/sahel.watch\/en\/wp-json\/wp\/v2\/zone?post=22717"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}