{"id":22560,"date":"2025-07-10T13:45:00","date_gmt":"2025-07-10T13:45:00","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/quels-scenarios-securitaires-pour-lafrique-de-louest-dici-2030\/"},"modified":"2026-03-22T18:04:45","modified_gmt":"2026-03-22T18:04:45","slug":"quels-scenarios-securitaires-pour-lafrique-de-louest-dici-2030","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/quels-scenarios-securitaires-pour-lafrique-de-louest-dici-2030\/","title":{"rendered":"Quels sc\u00e9narios s\u00e9curitaires pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019ici 2030 ?"},"content":{"rendered":"<p>\nL\u2019horizon 2030 en Afrique de l\u2019Ouest se dessine dans un contexte de fortes incertitudes : coups d\u2019\u00c9tat r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au Sahel, retrait de plusieurs missions internationales, recomposition des alliances militaires, extension des violences du Sahel vers le Golfe de Guin\u00e9e, pressions \u00e9conomiques et d\u00e9mographiques. Plut\u00f4t qu\u2019une pr\u00e9diction unique, il est plus pertinent d\u2019envisager plusieurs sc\u00e9narios s\u00e9curitaires plausibles, en combinant dynamiques locales, nationales et r\u00e9gionales.\n<\/p>\n<h2>Un point de d\u00e9part marqu\u00e9 par la fragmentation s\u00e9curitaire<\/h2>\n<p>\nLe paysage s\u00e9curitaire ouest-africain est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s contrast\u00e9. Les pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) sont confront\u00e9s \u00e0 des insurrections jihadistes enracin\u00e9es, \u00e0 des milices communautaires et \u00e0 un affaiblissement des institutions \u00e9tatiques. Les pays c\u00f4tiers (B\u00e9nin, Togo, C\u00f4te d\u2019Ivoire, Ghana) font face \u00e0 une pression croissante aux fronti\u00e8res nord, avec des incursions li\u00e9es aux groupes actifs au Sahel. Le Nigeria reste un \u00e9picentre de violences multiformes (jihadisme, banditisme arm\u00e9, conflits agropastoraux), avec des effets de d\u00e9bordement r\u00e9gionaux.\n<\/p>\n<p>\nParall\u00e8lement, la pr\u00e9sence internationale est en recomposition : fin de la MINUSMA au Mali, r\u00e9duction de plusieurs dispositifs occidentaux, mont\u00e9e en puissance de nouveaux partenaires (Russie, Turquie, acteurs du Golfe) et recours accru \u00e0 des compagnies militaires priv\u00e9es. Les organisations r\u00e9gionales \u2013 CEDEAO, Union africaine \u2013 traversent des tensions politiques, notamment autour des sanctions et de la gestion des transitions militaires.\n<\/p>\n<p>\nDans ce contexte, trois grands sc\u00e9narios s\u00e9curitaires d\u2019ici 2030 peuvent \u00eatre esquiss\u00e9s : un sc\u00e9nario de d\u00e9gradation prolong\u00e9e et de fragmentation, un sc\u00e9nario de stabilisation relative et de containment, et un sc\u00e9nario de recomposition s\u00e9curitaire diff\u00e9renci\u00e9e, combinant avanc\u00e9es locales et nouveaux risques.\n<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario de d\u00e9gradation prolong\u00e9e et de fragmentation<\/h2>\n<p>\nCe sc\u00e9nario repose sur la poursuite, voire l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, des tendances actuelles de fragilisation \u00e9tatique et d\u2019extension des violences arm\u00e9es. Il ne s\u2019agit pas de l\u2019effondrement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de tous les \u00c9tats, mais d\u2019une multiplication des \u00ab zones grises \u00bb : espaces o\u00f9 l\u2019\u00c9tat ne peut plus garantir la s\u00e9curit\u00e9 ni fournir les services de base, laissant la place \u00e0 des acteurs arm\u00e9s non \u00e9tatiques et \u00e0 des \u00e9conomies informelles ou criminelles.\n<\/p>\n<h3>Extension g\u00e9ographique des violences<\/h3>\n<p>\nAu Sahel central, les groupes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda (JNIM) et \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique (ISGS\/ISWAP) pourraient consolider leur emprise sur des corridors ruraux strat\u00e9giques, en s\u2019appuyant sur les conflits locaux (foncier, pastoralisme, rivalit\u00e9s communautaires). La pression vers le sud continuerait, avec une intensification des attaques dans le nord du B\u00e9nin et du Togo, voire une progression plus marqu\u00e9e vers des zones plus dens\u00e9ment peupl\u00e9es, y compris au nord de la C\u00f4te d\u2019Ivoire et potentiellement du Ghana.\n<\/p>\n<p>\nAu Nigeria, une aggravation des violences dans le centre et le nord-ouest \u2013 banditisme, enl\u00e8vements, conflits agropastoraux \u2013 renforcerait les dynamiques transfrontali\u00e8res de trafics (armes, carburant, b\u00e9tail, drogues), affectant le Niger, le B\u00e9nin et le Cameroun. Les littoraux pourraient conna\u00eetre un regain de piraterie et de criminalit\u00e9 maritime, en lien avec des r\u00e9seaux ancr\u00e9s \u00e0 terre.\n<\/p>\n<h3>Affaiblissement des institutions et polarisation politique<\/h3>\n<p>\nDans ce sc\u00e9nario, les transitions militaires au Sahel s\u2019enliseraient, avec des calendriers \u00e9lectoraux repouss\u00e9s et des tensions r\u00e9currentes entre autorit\u00e9s de transition, opposition politique et partenaires r\u00e9gionaux. La d\u00e9fiance envers les organisations r\u00e9gionales se renforcerait, alimentant des dynamiques de repli souverainiste.\n<\/p>\n<p>\nL\u2019espace civique pourrait se restreindre davantage dans plusieurs pays : contr\u00f4le accru des m\u00e9dias, pression sur les ONG, instrumentalisation de la lutte antiterroriste pour neutraliser certaines oppositions. Cette polarisation limiterait les capacit\u00e9s de m\u00e9diation sociale et communautaire, pourtant cruciales pour la pr\u00e9vention des violences.\n<\/p>\n<h3>Cons\u00e9quences pour les acteurs \u00e9conomiques et humanitaires<\/h3>\n<p>\nUne d\u00e9gradation prolong\u00e9e se traduirait par une ins\u00e9curit\u00e9 persistante sur les axes routiers, des risques accrus pour les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et une multiplication des d\u00e9placements forc\u00e9s internes et transfrontaliers. Les op\u00e9rations humanitaires seraient davantage contraintes par les restrictions d\u2019acc\u00e8s, les risques d\u2019enl\u00e8vements et la n\u00e9cessit\u00e9 de n\u00e9gocier avec des acteurs arm\u00e9s de plus en plus fragment\u00e9s. Les entreprises op\u00e9rant dans les secteurs extractifs, logistiques ou agro-industriels seraient expos\u00e9es \u00e0 une hausse des risques s\u00e9curitaires et r\u00e9putationnels, notamment en cas de recours \u00e0 des dispositifs de s\u00e9curit\u00e9 controvers\u00e9s.\n<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario de stabilisation relative et de containment<\/h2>\n<p>\nUn second sc\u00e9nario envisage une stabilisation progressive, sans retour rapide \u00e0 une \u00ab normalit\u00e9 \u00bb s\u00e9curitaire, mais avec un certain confinement des crises les plus graves et une baisse de l\u2019intensit\u00e9 des violences dans certaines zones. Cette trajectoire suppose des compromis politiques internes, un renforcement s\u00e9lectif des capacit\u00e9s \u00e9tatiques et une coop\u00e9ration r\u00e9gionale r\u00e9nov\u00e9e.\n<\/p>\n<h3>Reconfiguration des r\u00e9ponses \u00e9tatiques<\/h3>\n<p>\nDans ce sc\u00e9nario, plusieurs \u00c9tats parviendraient \u00e0 ajuster leurs strat\u00e9gies de s\u00e9curit\u00e9, en combinant mieux action militaire, gouvernance locale et r\u00e9ponses socio-\u00e9conomiques. Les arm\u00e9es et forces de s\u00e9curit\u00e9 resteraient au c\u0153ur des dispositifs, mais avec un effort accru sur la discipline, la r\u00e9duction des exactions et l\u2019int\u00e9gration de m\u00e9canismes de redevabilit\u00e9. Des initiatives de dialogue local \u2013 avec des communaut\u00e9s, des groupes d\u2019auto-d\u00e9fense, voire certains segments de groupes arm\u00e9s \u2013 pourraient contribuer \u00e0 r\u00e9duire la violence dans des zones cibl\u00e9es.\n<\/p>\n<p>\nLes transitions politiques au Sahel se traduiraient par des calendriers plus clairs et des arrangements institutionnels permettant une r\u00e9int\u00e9gration progressive dans les dispositifs r\u00e9gionaux. La CEDEAO, malgr\u00e9 des tensions persistantes, pourrait adapter ses instruments de sanction et de m\u00e9diation pour \u00e9viter un isolement durable de certains \u00c9tats membres.\n<\/p>\n<h3>Containment vers les pays c\u00f4tiers<\/h3>\n<p>\nDans les pays du Golfe de Guin\u00e9e, la menace jihadiste resterait pr\u00e9sente mais contenue, gr\u00e2ce \u00e0 une combinaison de mesures : renforcement des dispositifs de surveillance aux fronti\u00e8res nord, coop\u00e9ration s\u00e9curitaire transfrontali\u00e8re, investissements cibl\u00e9s dans les services de base et les infrastructures dans les zones frontali\u00e8res. Les attaques resteraient ponctuelles et concentr\u00e9es dans des zones rurales ou foresti\u00e8res, sans basculement massif vers des centres urbains.\n<\/p>\n<p>\nCe containment ne signifierait pas l\u2019absence de violence, mais plut\u00f4t une capacit\u00e9 accrue des \u00c9tats \u00e0 emp\u00eacher l\u2019enracinement durable de groupes arm\u00e9s sur leur territoire, en s\u2019appuyant sur des r\u00e9seaux locaux (chefferies, leaders religieux, associations communautaires) et sur une meilleure int\u00e9gration des jeunes dans l\u2019\u00e9conomie locale.\n<\/p>\n<h3>R\u00f4le des partenaires internationaux et r\u00e9gionaux<\/h3>\n<p>\nUne stabilisation relative supposerait aussi une adaptation des partenariats internationaux : moins de d\u00e9ploiements lourds, plus de soutien cibl\u00e9 (formation, renseignement, appui a\u00e9rien, renforcement des syst\u00e8mes judiciaires et de police). Les financements internationaux se concentreraient sur quelques priorit\u00e9s : justice, gouvernance locale, lutte contre la corruption, pr\u00e9vention de l\u2019extr\u00e9misme violent, adaptation au changement climatique.\n<\/p>\n<p>\nLes initiatives r\u00e9gionales, qu\u2019elles soient port\u00e9es par la CEDEAO, l\u2019Union africaine ou des coalitions ad hoc, joueraient un r\u00f4le de coordination, en particulier sur le partage d\u2019information, la gestion des fronti\u00e8res et la lutte contre les trafics transnationaux. L\u2019efficacit\u00e9 de ces dispositifs resterait in\u00e9gale, mais suffisante pour \u00e9viter une extension incontr\u00f4l\u00e9e des crises.\n<\/p>\n<h2>Sc\u00e9nario de recomposition s\u00e9curitaire diff\u00e9renci\u00e9e<\/h2>\n<p>\nUn troisi\u00e8me sc\u00e9nario, sans doute le plus plausible, combine des \u00e9l\u00e9ments des deux pr\u00e9c\u00e9dents : certaines zones connaissent une am\u00e9lioration relative, d\u2019autres s\u2019enfoncent dans la violence ou basculent dans de nouvelles formes d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. La r\u00e9gion se caract\u00e9rise alors par une mosa\u00efque de situations, avec des trajectoires nationales et locales tr\u00e8s contrast\u00e9es.\n<\/p>\n<h3>Des zones de \u00ab consolidation \u00bb et des zones de \u00ab non-gouvernance \u00bb<\/h3>\n<p>\nDans plusieurs pays, des r\u00e9gions pourraient b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019efforts coordonn\u00e9s de stabilisation : programmes de d\u00e9sarmement et de r\u00e9int\u00e9gration cibl\u00e9s, renforcement de l\u2019administration locale, investissements dans les infrastructures et les services sociaux, int\u00e9gration de m\u00e9canismes de justice transitionnelle ou de m\u00e9diation coutumi\u00e8re. Ces zones de \u00ab consolidation \u00bb resteraient n\u00e9anmoins vuln\u00e9rables \u00e0 des chocs (crises politiques, chutes de prix des mati\u00e8res premi\u00e8res, catastrophes climatiques).\n<\/p>\n<p>\nParall\u00e8lement, d\u2019autres espaces \u2013 souvent ruraux, p\u00e9riph\u00e9riques et transfrontaliers \u2013 pourraient devenir des zones de \u00ab non-gouvernance \u00bb, o\u00f9 se combinent pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s, \u00e9conomie informelle, trafics et syst\u00e8mes de gouvernance parall\u00e8les. Ces espaces serviraient de r\u00e9servoirs de ressources et de sanctuaires pour diff\u00e9rents acteurs arm\u00e9s, sans n\u00e9cessairement chercher \u00e0 renverser les \u00c9tats, mais en n\u00e9gociant avec eux ou en coexistant dans des arrangements ambigus.\n<\/p>\n<h3>Mutation des menaces : du jihadisme aux violences hybrides<\/h3>\n<p>\nD\u2019ici 2030, les menaces pourraient \u00e9voluer vers des formes hybrides, m\u00ealant id\u00e9ologie jihadiste, banditisme, revendications identitaires et enjeux \u00e9conomiques. Des groupes se r\u00e9clamant du jihadisme pourraient se transformer en acteurs plus opportunistes, centr\u00e9s sur le contr\u00f4le de routes commerciales, de sites miniers artisanaux ou de zones de transhumance. Inversement, des groupes initialement criminels pourraient adopter une rh\u00e9torique religieuse ou communautaire pour l\u00e9gitimer leur action.\n<\/p>\n<p>\nLes violences urbaines, souvent sous-estim\u00e9es, pourraient gagner en importance : criminalit\u00e9 organis\u00e9e, gangs, tensions autour de l\u2019acc\u00e8s au foncier et au logement, contestations socio-\u00e9conomiques dans des m\u00e9tropoles en forte croissance. Ces dynamiques urbaines n\u2019auraient pas n\u00e9cessairement la forme d\u2019insurrections arm\u00e9es, mais elles pourraient fragiliser davantage la coh\u00e9sion sociale et la confiance dans les institutions.\n<\/p>\n<h3>Pressions climatiques et \u00e9conomiques comme amplificateurs<\/h3>\n<p>\nLe changement climatique et la variabilit\u00e9 accrue des pluies continueront de peser sur l\u2019agriculture et le pastoralisme, particuli\u00e8rement dans les zones sah\u00e9liennes et soudano-sah\u00e9liennes. La comp\u00e9tition pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau et aux p\u00e2turages pourrait alimenter des conflits locaux, parfois instrumentalis\u00e9s par des acteurs arm\u00e9s ou des entrepreneurs politiques. Les d\u00e9placements saisonniers de populations, d\u00e9j\u00e0 importants, pourraient s\u2019intensifier, compliquant la gestion des fronti\u00e8res et des ressources.\n<\/p>\n<p>\nSur le plan \u00e9conomique, les vuln\u00e9rabilit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la dette, aux chocs sur les prix des mati\u00e8res premi\u00e8res et \u00e0 la d\u00e9pendance aux importations alimentaires ou \u00e9nerg\u00e9tiques pourraient accentuer les frustrations sociales, notamment parmi les jeunes. Ces frustrations ne conduisent pas m\u00e9caniquement \u00e0 la violence, mais elles constituent un terreau exploitable par des groupes arm\u00e9s ou des acteurs politiques cherchant \u00e0 mobiliser le m\u00e9contentement.\n<\/p>\n<h2>Facteurs cl\u00e9s qui orienteront les trajectoires d\u2019ici 2030<\/h2>\n<p>\nLes sc\u00e9narios d\u00e9crits ne sont pas exclusifs et peuvent coexister selon les pays et les r\u00e9gions. Plusieurs facteurs structurants influenceront la direction prise par l\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019ici 2030.\n<\/p>\n<h3>Qualit\u00e9 des transitions politiques et de la gouvernance<\/h3>\n<p>\nLa mani\u00e8re dont seront g\u00e9r\u00e9es les transitions militaires au Sahel, les alternances politiques dans les pays c\u00f4tiers et les r\u00e9formes institutionnelles aura un impact majeur. Des transitions inclusives, avec une place r\u00e9elle pour les partis d\u2019opposition, les organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et les autorit\u00e9s locales, peuvent contribuer \u00e0 r\u00e9duire les tensions et \u00e0 restaurer une partie de la confiance dans l\u2019\u00c9tat. \u00c0 l\u2019inverse, des transitions prolong\u00e9es, peu transparentes ou excluantes risquent de nourrir de nouvelles contestations.\n<\/p>\n<h3>Capacit\u00e9 \u00e0 articuler s\u00e9curit\u00e9 et d\u00e9veloppement<\/h3>\n<p>\nL\u2019efficacit\u00e9 des r\u00e9ponses s\u00e9curitaires d\u00e9pendra de leur articulation avec des politiques de d\u00e9veloppement cibl\u00e9es sur les zones les plus fragiles : r\u00e9gions frontali\u00e8res, zones rurales enclav\u00e9es, p\u00e9riph\u00e9ries urbaines. Les programmes de soutien aux moyens de subsistance, d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation et \u00e0 la sant\u00e9, de gestion inclusive du foncier et des ressources naturelles seront d\u00e9terminants pour limiter le recrutement par les groupes arm\u00e9s.\n<\/p>\n<h3>\u00c9volution des alliances et de la coop\u00e9ration internationale<\/h3>\n<p>\nLa recomposition des partenariats s\u00e9curitaires \u2013 retrait partiel de certains acteurs occidentaux, mont\u00e9e en puissance d\u2019autres puissances, r\u00f4le des compagnies militaires priv\u00e9es \u2013 influencera les capacit\u00e9s op\u00e9rationnelles des \u00c9tats, mais aussi leur l\u00e9gitimit\u00e9 interne et externe. La capacit\u00e9 des organisations r\u00e9gionales \u00e0 s\u2019adapter, \u00e0 \u00e9viter les fractures durables entre \u00c9tats membres et \u00e0 proposer des m\u00e9canismes de coop\u00e9ration flexibles sera un autre \u00e9l\u00e9ment central.\n<\/p>\n<h3>R\u00e9silience des soci\u00e9t\u00e9s et des institutions locales<\/h3>\n<p>\nAu-del\u00e0 des \u00c9tats centraux, la r\u00e9silience des soci\u00e9t\u00e9s \u2013 r\u00e9seaux communautaires, autorit\u00e9s coutumi\u00e8res et religieuses, associations locales, m\u00e9dias \u2013 jouera un r\u00f4le d\u00e9cisif. Dans plusieurs contextes, ces acteurs ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 n\u00e9gocier des cessez-le-feu locaux, \u00e0 organiser la m\u00e9diation entre communaut\u00e9s ou \u00e0 maintenir des services essentiels malgr\u00e9 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Leur reconnaissance et leur int\u00e9gration dans les strat\u00e9gies nationales de pr\u00e9vention et de gestion des crises seront un facteur cl\u00e9 d\u2019orientation vers des trajectoires de stabilisation plut\u00f4t que de d\u00e9gradation.\n<\/p>\n<h2>Vers 2030 : une r\u00e9gion sous tension, mais non condamn\u00e9e \u00e0 la spirale de violence<\/h2>\n<p>\nL\u2019Afrique de l\u2019Ouest d\u2019ici 2030 restera probablement une r\u00e9gion sous fortes tensions s\u00e9curitaires, marqu\u00e9e par des crises persistantes au Sahel et au Nigeria, et par des risques de contagion vers les pays c\u00f4tiers. Cependant, la trajectoire n\u2019est pas fig\u00e9e : les marges de man\u0153uvre existent, tant au niveau des \u00c9tats que des soci\u00e9t\u00e9s, pour contenir, transformer ou r\u00e9duire certaines formes de violence.\n<\/p>\n<p>\nPour les acteurs \u00e9conomiques, humanitaires et institutionnels, l\u2019enjeu est d\u2019anticiper cette diversit\u00e9 de trajectoires, en \u00e9vitant les visions homog\u00e9n\u00e9isantes (\u00ab tout le Sahel est perdu \u00bb, \u00ab les pays c\u00f4tiers sont \u00e0 l\u2019abri \u00bb) et en int\u00e9grant les sp\u00e9cificit\u00e9s locales dans l\u2019analyse des risques. La p\u00e9riode jusqu\u2019en 2030 sera marqu\u00e9e par des recompositions rapides : les capacit\u00e9s d\u2019adaptation, de lecture fine des contextes et de coop\u00e9ration avec les acteurs locaux seront d\u00e9terminantes pour \u00e9voluer dans cet environnement incertain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019horizon 2030 en Afrique de l\u2019Ouest se dessine dans un contexte de fortes incertitudes : coups d\u2019\u00c9tat r\u00e9p\u00e9t\u00e9s au Sahel, retrait de plusieurs missions internationales, recomposition des alliances militaires, extension des violences du Sahel vers le Golfe de Guin\u00e9e, pressions \u00e9conomiques et d\u00e9mographiques. 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