{"id":22546,"date":"2025-08-21T13:57:00","date_gmt":"2025-08-21T13:57:00","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/comment-niamey-gere-t-il-linsecurite-dans-tillaberi\/"},"modified":"2026-03-22T18:08:19","modified_gmt":"2026-03-22T18:08:19","slug":"comment-niamey-gere-t-il-linsecurite-dans-tillaberi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/comment-niamey-gere-t-il-linsecurite-dans-tillaberi\/","title":{"rendered":"Comment Niamey g\u00e8re-t-il l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans Tillab\u00e9ri ?"},"content":{"rendered":"<p>La r\u00e9gion de Tillab\u00e9ri, au sud-ouest du Niger, est l\u2019un des \u00e9picentres de la violence arm\u00e9e au Sahel. Situ\u00e9e dans la zone dite des \u00ab trois fronti\u00e8res \u00bb entre Niger, Mali et Burkina Faso, elle concentre la pr\u00e9sence de groupes jihadistes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda et \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique, de milices communautaires et de trafics transfrontaliers. La mani\u00e8re dont Niamey g\u00e8re cette ins\u00e9curit\u00e9 combine r\u00e9ponses militaires, dispositifs administratifs, initiatives de coop\u00e9ration r\u00e9gionale et tentatives de r\u00e9-ancrage de l\u2019\u00c9tat aupr\u00e8s des populations.<\/p>\n<p>Les dynamiques locales \u00e9voluent rapidement, notamment depuis la rupture avec les partenaires occidentaux et le rapprochement avec de nouveaux alli\u00e9s s\u00e9curitaires. L\u2019analyse qui suit met en lumi\u00e8re les principaux axes de la gestion s\u00e9curitaire de Tillab\u00e9ri par les autorit\u00e9s nig\u00e9riennes, ainsi que ses limites et incertitudes.<\/p>\n<h2>Un espace strat\u00e9gique au c\u0153ur des recompositions r\u00e9gionales<\/h2>\n<p>Tillab\u00e9ri est \u00e0 la fois une zone rurale enclav\u00e9e, un corridor commercial et un espace frontalier sensible. Elle est travers\u00e9e par :<\/p>\n<ul>\n<li>des routes reliant Niamey au Mali et au Burkina Faso ;<\/li>\n<li>des circuits de transhumance et d\u2019\u00e9changes entre communaut\u00e9s peules, songha\u00ef, touar\u00e8gues, arabes et gourmantch\u00e9s ;<\/li>\n<li>des flux illicites (armes, carburant, b\u00e9tail, produits de contrebande) exploit\u00e9s par des r\u00e9seaux criminels et des groupes arm\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Depuis 2016\u20132017, la r\u00e9gion est progressivement entr\u00e9e dans une spirale de violences : attaques contre les forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9, massacres de civils, d\u00e9placements de population, fermeture d\u2019\u00e9coles et perturbation des activit\u00e9s agricoles et pastorales. Deux principaux p\u00f4les de menace structurent le paysage :<\/p>\n<ul>\n<li>le Jama\u2019at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), coalition affili\u00e9e \u00e0 Al-Qa\u00efda, active dans les zones frontali\u00e8res avec le Burkina Faso et le Mali ;<\/li>\n<li>l\u2019\u00c9tat islamique au Grand Sahara (EIGS), int\u00e9gr\u00e9 aujourd\u2019hui dans la branche sah\u00e9lienne de l\u2019\u00c9tat islamique, historiquement tr\u00e8s pr\u00e9sent dans le nord de Tillab\u00e9ri.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La r\u00e9gion est \u00e9galement affect\u00e9e par les retomb\u00e9es des crises politiques au Mali et au Burkina Faso, par l\u2019affaiblissement de certaines forces internationales et par la recomposition des alliances s\u00e9curitaires du Niger depuis 2023.<\/p>\n<h2>Une r\u00e9ponse d\u2019abord s\u00e9curitaire et militaire<\/h2>\n<p>La gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 par Niamey repose en premier lieu sur un dispositif militaire renforc\u00e9. Plusieurs axes structurent cette approche :<\/p>\n<h3>D\u00e9ploiement des forces arm\u00e9es et op\u00e9rations de contre-insurrection<\/h3>\n<p>Les Forces arm\u00e9es nig\u00e9riennes (FAN) et la Garde nationale sont d\u00e9ploy\u00e9es dans des postes avanc\u00e9s, des bases op\u00e9rationnelles et des d\u00e9tachements mobiles. Les objectifs principaux sont :<\/p>\n<ul>\n<li>prot\u00e9ger les centres urbains et les axes routiers strat\u00e9giques ;<\/li>\n<li>conduire des op\u00e9rations offensives contre les groupes arm\u00e9s dans les zones rurales ;<\/li>\n<li>s\u00e9curiser certains march\u00e9s, points de transhumance et sites administratifs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La logique dominante reste celle de la contre-insurrection : traquer les groupes arm\u00e9s, perturber leurs r\u00e9seaux logistiques, limiter leur capacit\u00e9 de taxation des populations et de contr\u00f4le territorial. Cette approche a parfois permis de r\u00e9duire le nombre d\u2019attaques dans certaines zones, mais elle s\u2019accompagne de risques de d\u00e9placement des violences vers d\u2019autres localit\u00e9s et de tensions avec certaines communaut\u00e9s, notamment lorsque les op\u00e9rations s\u2019appuient sur des renseignements locaux partiels ou biais\u00e9s.<\/p>\n<h3>Appui d\u2019alli\u00e9s \u00e9trangers et recomposition des partenariats<\/h3>\n<p>Pendant plusieurs ann\u00e9es, la gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Tillab\u00e9ri s\u2019est inscrite dans un cadre de coop\u00e9ration \u00e9troite avec des partenaires occidentaux (France, \u00c9tats-Unis, Union europ\u00e9enne), via :<\/p>\n<ul>\n<li>la pr\u00e9sence de forces sp\u00e9ciales et de moyens a\u00e9riens sur le territoire nig\u00e9rien ;<\/li>\n<li>la formation et l\u2019\u00e9quipement des forces locales ;<\/li>\n<li>le partage de renseignement et la surveillance a\u00e9rienne.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Depuis le changement de r\u00e9gime de 2023, les autorit\u00e9s nig\u00e9riennes ont profond\u00e9ment r\u00e9orient\u00e9 ces partenariats, annon\u00e7ant la fin de plusieurs accords de coop\u00e9ration militaire et se rapprochant de nouveaux acteurs, notamment la Russie et des structures de s\u00e9curit\u00e9 associ\u00e9es. Cette recomposition a des effets directs sur Tillab\u00e9ri :<\/p>\n<ul>\n<li>r\u00e9duction ou transformation de certaines capacit\u00e9s d\u2019appui a\u00e9rien et de renseignement ;<\/li>\n<li>arriv\u00e9e progressive de nouveaux conseillers et \u00e9quipements ;<\/li>\n<li>inscription de la lutte contre l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans un discours plus affirm\u00e9 de souverainet\u00e9 et de rupture avec les anciennes pratiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les effets concrets de cette transition restent encore partiellement document\u00e9s, mais la p\u00e9riode de bascule cr\u00e9e une phase d\u2019incertitude op\u00e9rationnelle et politique, que les groupes arm\u00e9s cherchent \u00e0 exploiter.<\/p>\n<h2>Gouvernance s\u00e9curitaire : \u00e9tat d\u2019urgence, zones militaires et contr\u00f4le des mobilit\u00e9s<\/h2>\n<p>Pour tenter de reprendre la main sur Tillab\u00e9ri, Niamey a aussi mobilis\u00e9 des instruments juridiques et administratifs, avec une forte dimension de contr\u00f4le des populations et des espaces.<\/p>\n<h3>\u00c9tat d\u2019urgence et restrictions<\/h3>\n<p>Plusieurs d\u00e9partements de Tillab\u00e9ri sont plac\u00e9s sous \u00e9tat d\u2019urgence, permettant :<\/p>\n<ul>\n<li>des contr\u00f4les renforc\u00e9s des d\u00e9placements (motos, v\u00e9hicules, march\u00e9s) ;<\/li>\n<li>des pouvoirs \u00e9largis pour les forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n<li>des limitations de certaines activit\u00e9s \u00e9conomiques jug\u00e9es sensibles (circulation de carburant, commerce transfrontalier, etc.).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces mesures visent \u00e0 r\u00e9duire la mobilit\u00e9 des groupes arm\u00e9s et \u00e0 perturber leurs circuits logistiques. Elles ont n\u00e9anmoins des effets ambivalents sur les populations locales : allongement des trajets, difficult\u00e9 d\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s, suspicion g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, risques de corruption aux postes de contr\u00f4le. Dans certains cas, ces restrictions peuvent alimenter le ressentiment et la perception d\u2019une \u00ab punition collective \u00bb pour des communaut\u00e9s d\u00e9j\u00e0 vuln\u00e9rables.<\/p>\n<h3>Zones d\u2019op\u00e9ration et r\u00e9organisation territoriale<\/h3>\n<p>La r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9e en zones d\u2019op\u00e9ration militaire, avec des commandements sp\u00e9cifiques et des coordinations renforc\u00e9es entre forces arm\u00e9es, gendarmerie, garde nationale et services de renseignement. L\u2019objectif est de :<\/p>\n<ul>\n<li>mieux adapter la r\u00e9ponse s\u00e9curitaire aux sp\u00e9cificit\u00e9s locales ;<\/li>\n<li>faciliter le partage d\u2019information entre services ;<\/li>\n<li>acc\u00e9l\u00e9rer la prise de d\u00e9cision et la r\u00e9action en cas d\u2019attaque.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Parall\u00e8lement, l\u2019\u00c9tat cherche \u00e0 maintenir une pr\u00e9sence administrative minimale (pr\u00e9fets, sous-pr\u00e9fets, services techniques) dans les chefs-lieux encore accessibles, tout en acceptant de facto des zones de faible ou tr\u00e8s faible contr\u00f4le \u00e9tatique en brousse. Cette \u00ab g\u00e9ographie variable \u00bb de la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat fa\u00e7onne la mani\u00e8re dont Niamey g\u00e8re l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 : protection des noyaux jug\u00e9s strat\u00e9giques, au prix d\u2019un retrait partiel de certaines zones rurales.<\/p>\n<h2>Relations avec les communaut\u00e9s : entre m\u00e9fiance, initiatives locales et tentatives de dialogue<\/h2>\n<p>La gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Tillab\u00e9ri ne se joue pas seulement sur le plan militaire. Elle d\u00e9pend aussi des relations entre l\u2019\u00c9tat, les communaut\u00e9s locales et les acteurs arm\u00e9s.<\/p>\n<h3>Comit\u00e9s de vigilance et acteurs locaux de s\u00e9curit\u00e9<\/h3>\n<p>Dans plusieurs localit\u00e9s, des formes de comit\u00e9s de vigilance, groupes d\u2019auto-d\u00e9fense ou dispositifs communautaires de surveillance ont \u00e9merg\u00e9 ou ont \u00e9t\u00e9 tol\u00e9r\u00e9s. Leur r\u00f4le est de :<\/p>\n<ul>\n<li>transmettre des informations aux forces de s\u00e9curit\u00e9 ;<\/li>\n<li>prot\u00e9ger les villages contre les incursions ;<\/li>\n<li>organiser des syst\u00e8mes d\u2019alerte pr\u00e9coce informels.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces structures peuvent contribuer \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de proximit\u00e9, mais elles comportent des risques de d\u00e9rives : ciblage de certains groupes per\u00e7us comme proches des jihadistes, r\u00e8glement de comptes locaux, instrumentalisation par des \u00e9lites politiques ou \u00e9conomiques. Niamey se trouve ainsi dans une position d\u00e9licate, entre besoin d\u2019appui local et volont\u00e9 affich\u00e9e d\u2019\u00e9viter la prolif\u00e9ration incontr\u00f4l\u00e9e de milices.<\/p>\n<h3>Tentatives de dialogue et arrangements locaux<\/h3>\n<p>Dans certaines zones du Sahel, des arrangements locaux entre communaut\u00e9s, autorit\u00e9s et acteurs arm\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9riment\u00e9s, formels ou informels. \u00c0 Tillab\u00e9ri, des tentatives de m\u00e9diation communautaire ou de n\u00e9gociation ponctuelle autour de la circulation, de la transhumance ou de la protection des march\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es, souvent port\u00e9es par :<\/p>\n<ul>\n<li>des leaders coutumiers et religieux ;<\/li>\n<li>des associations locales ;<\/li>\n<li>des relais communautaires disposant d\u2019un acc\u00e8s aux groupes arm\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019attitude de Niamey vis-\u00e0-vis de ces initiatives est prudente et parfois ambivalente. Les autorit\u00e9s centrales privil\u00e9gient officiellement la lutte arm\u00e9e contre les groupes qualifi\u00e9s de terroristes, mais tol\u00e8rent parfois des arrangements locaux qui permettent de r\u00e9duire temporairement la violence ou de maintenir des activit\u00e9s \u00e9conomiques essentielles. Ces pratiques restent peu institutionnalis\u00e9es et fortement d\u00e9pendantes des rapports de force du moment.<\/p>\n<h2>Coop\u00e9ration r\u00e9gionale et limites de la coordination<\/h2>\n<p>L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Tillab\u00e9ri est fortement li\u00e9e aux dynamiques des pays voisins. La gestion par Niamey passe donc aussi par des cadres de coop\u00e9ration r\u00e9gionale.<\/p>\n<h3>Cadres multinationaux et forces conjointes<\/h3>\n<p>Le Niger a particip\u00e9 \u00e0 plusieurs m\u00e9canismes r\u00e9gionaux :<\/p>\n<ul>\n<li>la Force conjointe du G5 Sahel, avec des op\u00e9rations coordonn\u00e9es dans la zone des trois fronti\u00e8res ;<\/li>\n<li>des accords bilat\u00e9raux avec le Mali, le Burkina Faso et le Nigeria pour des patrouilles ou op\u00e9rations conjointes ;<\/li>\n<li>la coop\u00e9ration au sein de la CEDEAO et d\u2019autres enceintes r\u00e9gionales sur les questions de s\u00e9curit\u00e9 et de lutte contre le terrorisme.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les changements politiques successifs dans la r\u00e9gion, les tensions diplomatiques et la remise en cause de certains cadres (comme le G5 Sahel) limitent toutefois la continuit\u00e9 et l\u2019efficacit\u00e9 de ces dispositifs. Les groupes arm\u00e9s profitent des zones grises frontali\u00e8res, des diff\u00e9rences de posture entre \u00c9tats et des difficult\u00e9s de coordination.<\/p>\n<h3>Red\u00e9finition des alliances et impacts pour Tillab\u00e9ri<\/h3>\n<p>La reconfiguration r\u00e9cente des alliances du Niger, avec un resserrement des liens avec certains voisins ayant eux-m\u00eames rompu avec des partenaires occidentaux, ouvre de nouvelles perspectives de coop\u00e9ration s\u00e9curitaire, mais aussi de nouveaux d\u00e9fis :<\/p>\n<ul>\n<li>risque de synchronisation limit\u00e9e des strat\u00e9gies nationales, chaque \u00c9tat ayant ses priorit\u00e9s internes ;<\/li>\n<li>incertitudes sur le financement et la durabilit\u00e9 des nouveaux arrangements ;<\/li>\n<li>possibles tensions avec des partenaires r\u00e9gionaux ou internationaux plus critiques vis-\u00e0-vis de ces choix.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour Tillab\u00e9ri, cela signifie une gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de plus en plus int\u00e9gr\u00e9e dans un cadre r\u00e9gional en recomposition, o\u00f9 les marges de man\u0153uvre de Niamey sont \u00e0 la fois \u00e9largies sur le plan politique et contraintes par les r\u00e9alit\u00e9s op\u00e9rationnelles et \u00e9conomiques.<\/p>\n<h2>Programmes civils, d\u00e9veloppement et limites de l\u2019action non militaire<\/h2>\n<p>Niamey a \u00e9galement cherch\u00e9 \u00e0 articuler la r\u00e9ponse s\u00e9curitaire avec des actions de d\u00e9veloppement et de soutien aux populations, souvent en partenariat avec des organisations internationales et des ONG.<\/p>\n<p>Parmi les axes r\u00e9currents figurent :<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019assistance humanitaire aux personnes d\u00e9plac\u00e9es internes et aux communaut\u00e9s h\u00f4tes ;<\/li>\n<li>des projets de relance agricole, pastorale et de petits commerces dans les zones encore accessibles ;<\/li>\n<li>des programmes de renforcement de la r\u00e9silience communautaire, de pr\u00e9vention de la radicalisation et de soutien \u00e0 la jeunesse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ces initiatives se heurtent cependant \u00e0 plusieurs obstacles :<\/p>\n<ul>\n<li>l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui restreint l\u2019acc\u00e8s de nombreuses zones aux acteurs humanitaires et de d\u00e9veloppement ;<\/li>\n<li>la difficult\u00e9 \u00e0 coordonner interventions civiles et op\u00e9rations militaires ;<\/li>\n<li>la perception parfois n\u00e9gative de certains programmes, jug\u00e9s trop ponctuels ou insuffisamment adapt\u00e9s aux r\u00e9alit\u00e9s locales (foncier, pastoralisme, justice, gouvernance locale).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 par Niamey dans Tillab\u00e9ri reste donc marqu\u00e9e par une asym\u00e9trie : une pr\u00e9sence militaire plus visible que les services publics, la justice ou les opportunit\u00e9s \u00e9conomiques, ce qui limite la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 regagner une l\u00e9gitimit\u00e9 durable.<\/p>\n<h2>Tendances r\u00e9centes et incertitudes<\/h2>\n<p>Plusieurs tendances m\u00e9ritent une attention particuli\u00e8re pour comprendre l\u2019\u00e9volution de la gestion de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Tillab\u00e9ri :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Recomposition des groupes arm\u00e9s<\/strong> : rivalit\u00e9s et alliances fluctuantes entre factions jihadistes, adaptation de leurs modes op\u00e9ratoires, diversification des sources de financement.<\/li>\n<li><strong>Pression sur les communaut\u00e9s<\/strong> : taxation, recrutement forc\u00e9 ou volontaire, contr\u00f4le des mobilit\u00e9s, mais aussi strat\u00e9gies de n\u00e9gociation et de survie des populations prises entre plusieurs acteurs arm\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>\u00c9volution des partenariats s\u00e9curitaires du Niger<\/strong> : mont\u00e9e en puissance progressive de nouveaux alli\u00e9s, retrait ou repositionnement d\u2019anciens partenaires, avec des effets encore partiellement mesurables \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9silience et fatigue des populations<\/strong> : capacit\u00e9 d\u2019adaptation remarquable de nombreuses communaut\u00e9s, mais aussi risques de d\u00e9couragement, d\u2019exode prolong\u00e9 et de rupture du lien de confiance avec l\u2019\u00c9tat si les perspectives d\u2019am\u00e9lioration restent limit\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La gestion par Niamey de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans Tillab\u00e9ri appara\u00eet ainsi comme un \u00e9quilibre fragile entre imp\u00e9ratifs militaires, contraintes politiques, pressions r\u00e9gionales et attentes des populations. Les r\u00e9ponses mises en \u0153uvre ont permis d\u2019\u00e9viter, jusqu\u2019ici, un effondrement total du contr\u00f4le \u00e9tatique, mais elles n\u2019ont pas encore produit une stabilisation durable. L\u2019\u00e9volution des alliances, la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 se r\u00e9-ancrer localement et la prise en compte des dynamiques socio-\u00e9conomiques rurales seront d\u00e9terminantes pour la suite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9gion de Tillab\u00e9ri, au sud-ouest du Niger, est l\u2019un des \u00e9picentres de la violence arm\u00e9e au Sahel. Situ\u00e9e dans la zone dite des \u00ab trois fronti\u00e8res \u00bb entre Niger, Mali et Burkina Faso, elle concentre la pr\u00e9sence de groupes jihadistes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda et \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique, de milices communautaires et de trafics transfrontaliers. 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