{"id":22542,"date":"2025-09-24T09:23:00","date_gmt":"2025-09-24T09:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/pourquoi-certains-conflits-fonciers-degenerent-ils\/"},"modified":"2026-03-22T18:04:05","modified_gmt":"2026-03-22T18:04:05","slug":"pourquoi-certains-conflits-fonciers-degenerent-ils","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/pourquoi-certains-conflits-fonciers-degenerent-ils\/","title":{"rendered":"Pourquoi certains conflits fonciers d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent-ils ?"},"content":{"rendered":"<p>En Afrique de l\u2019Ouest comme ailleurs, les tensions autour de la terre sont fr\u00e9quentes, mais seule une partie d\u2019entre elles se transforme en violence ouverte. Comprendre pourquoi certains conflits fonciers d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent, alors que d\u2019autres restent contenus ou se r\u00e9solvent pacifiquement, suppose de regarder au-del\u00e0 du seul d\u00e9saccord sur la propri\u00e9t\u00e9 ou l\u2019usage de la terre.<\/p>\n<p>Les travaux de recherche et les analyses de terrain montrent que la bascule vers la violence r\u00e9sulte g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une combinaison de facteurs : faiblesse des institutions, jeux d\u2019acteurs locaux, in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques, chocs environnementaux, instrumentalisation politique ou encore pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s. Le conflit foncier devient alors le support d\u2019autres tensions plus profondes.<\/p>\n<h2>Conflit foncier : de quoi parle-t-on ?<\/h2>\n<p>Un conflit foncier d\u00e9signe une situation de d\u00e9saccord, de contestation ou de rivalit\u00e9 autour des droits sur la terre et les ressources associ\u00e9es (eau, p\u00e2turages, for\u00eats, mines artisanales, etc.). Il peut porter sur :<\/p>\n<ul>\n<li>la propri\u00e9t\u00e9 (qui est \u00ab propri\u00e9taire \u00bb ou \u00ab autochtone \u00bb l\u00e9gitime) ;<\/li>\n<li>l\u2019usage (cultiver, faire pa\u00eetre, exploiter du bois ou du sable, etc.) ;<\/li>\n<li>les limites (fronti\u00e8res de parcelles, de villages, de terroirs) ;<\/li>\n<li>la compensation (indemnisation lors d\u2019expropriations, projets miniers, infrastructures).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La plupart de ces conflits restent de faible intensit\u00e9 : discussions, tensions verbales, recours aux autorit\u00e9s coutumi\u00e8res ou administratives. La question centrale est donc : qu\u2019est-ce qui fait passer un diff\u00e9rend foncier \u00ab ordinaire \u00bb \u00e0 un conflit violent, parfois arm\u00e9 ?<\/p>\n<h2>Facteurs structurels qui fragilisent la gestion fonci\u00e8re<\/h2>\n<p>Plusieurs facteurs de fond cr\u00e9ent un terrain favorable \u00e0 l\u2019escalade des tensions fonci\u00e8res, sans pour autant suffire \u00e0 eux seuls \u00e0 d\u00e9clencher la violence.<\/p>\n<h3>Pression d\u00e9mographique et raret\u00e9 relative des terres<\/h3>\n<p>Dans de nombreuses zones rurales ou p\u00e9riurbaines ouest-africaines, la croissance d\u00e9mographique, l\u2019extension des cultures de rente, l\u2019urbanisation et la multiplication des projets agro-industriels ou miniers r\u00e9duisent l\u2019acc\u00e8s aux terres consid\u00e9r\u00e9es comme \u00ab disponibles \u00bb. La pression se concentre sur :<\/p>\n<ul>\n<li>les bas-fonds et zones irrigu\u00e9es, cruciales pour l\u2019agriculture intensive ;<\/li>\n<li>les couloirs de transhumance et p\u00e2turages de saison s\u00e8che ;<\/li>\n<li>les espaces p\u00e9riurbains \u00e0 forte sp\u00e9culation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette pression ne provoque pas automatiquement la violence, mais elle rend chaque litige plus sensible et augmente la valeur strat\u00e9gique de la terre pour les familles, les chefs coutumiers et les \u00e9lus locaux.<\/p>\n<h3>Superposition et incertitude des r\u00e8gles fonci\u00e8res<\/h3>\n<p>Dans beaucoup de contextes ouest-africains, plusieurs syst\u00e8mes coexistent : droit coutumier, droit islamique, droit \u00e9tatique moderne, pratiques locales non codifi\u00e9es. Cette superposition cr\u00e9e :<\/p>\n<ul>\n<li>des zones grises juridiques, o\u00f9 chacun peut invoquer une norme diff\u00e9rente pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats ;<\/li>\n<li>des conflits d\u2019autorit\u00e9 entre chefs coutumiers, \u00e9lus, services techniques, tribunaux ;<\/li>\n<li>des d\u00e9cisions contradictoires, qui nourrissent le sentiment d\u2019injustice.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsque les acteurs per\u00e7oivent que les r\u00e8gles du jeu sont floues ou manipulables, ils peuvent consid\u00e9rer la violence comme un moyen plus efficace que les voies institutionnelles pour faire valoir leurs droits.<\/p>\n<h3>In\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et marginalisation<\/h3>\n<p>Les groupes socialement ou politiquement dominants (familles lignag\u00e8res, \u00e9lites locales, investisseurs, responsables politiques) disposent souvent de meilleurs acc\u00e8s aux proc\u00e9dures formelles (titres fonciers, appui administratif, avocats). \u00c0 l\u2019inverse, certains groupes sont plus vuln\u00e9rables :<\/p>\n<ul>\n<li>jeunes sans terre ou d\u00e9pendants de la terre familiale ;<\/li>\n<li>femmes, dont les droits restent fr\u00e9quemment d\u00e9riv\u00e9s de ceux des hommes ;<\/li>\n<li>pasteurs transhumants ou migrants internes ;<\/li>\n<li>communaut\u00e9s per\u00e7ues comme \u00ab allochtones \u00bb ou \u00ab \u00e9trang\u00e8res \u00bb.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsque ces groupes se sentent syst\u00e9matiquement d\u00e9savantag\u00e9s ou exclus des m\u00e9canismes de d\u00e9cision, le conflit foncier devient le reflet d\u2019un rapport de force plus large. La terre n\u2019est plus seulement une ressource \u00e9conomique, mais aussi un marqueur de dignit\u00e9, de reconnaissance sociale et de pouvoir.<\/p>\n<h2>D\u00e9clencheurs et m\u00e9canismes d\u2019escalade<\/h2>\n<p>Les facteurs structurels cr\u00e9ent un terrain propice, mais la bascule vers la violence intervient souvent \u00e0 la faveur d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs et de m\u00e9canismes d\u2019escalade sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>\u00c9pisodes de violence ant\u00e9rieurs et m\u00e9moire des conflits<\/h3>\n<p>Les territoires marqu\u00e9s par des violences pass\u00e9es (\u00e9meutes fonci\u00e8res, affrontements entre agriculteurs et \u00e9leveurs, conflits intercommunautaires) portent une m\u00e9moire des injustices, parfois transmise sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Cette m\u00e9moire peut :<\/p>\n<ul>\n<li>r\u00e9activer des griefs anciens \u00e0 chaque nouveau litige foncier ;<\/li>\n<li>alimenter des repr\u00e9sentations hostiles (\u00ab ils veulent nous chasser \u00bb, \u00ab ils ont toujours \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019\u00c9tat \u00bb) ;<\/li>\n<li>justifier des r\u00e9ponses pr\u00e9ventives violentes, au nom d\u2019une \u00ab d\u00e9fense \u00bb de la communaut\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ces contextes, un incident local \u2013 destruction de cultures, blocage de couloir de transhumance, installation jug\u00e9e ill\u00e9gale \u2013 peut rapidement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une menace collective, entra\u00eenant une mobilisation violente.<\/p>\n<h3>D\u00e9faillances ou partialit\u00e9 des m\u00e9canismes de r\u00e9solution<\/h3>\n<p>La mani\u00e8re dont les institutions g\u00e8rent les litiges fonciers joue un r\u00f4le d\u00e9cisif. La violence devient plus probable lorsque :<\/p>\n<ul>\n<li>les proc\u00e9dures sont per\u00e7ues comme lentes, co\u00fbteuses ou corrompues ;<\/li>\n<li>les autorit\u00e9s coutumi\u00e8res ou administratives sont accus\u00e9es de favoritisme ;<\/li>\n<li>les d\u00e9cisions ne sont pas expliqu\u00e9es ni appliqu\u00e9es de fa\u00e7on transparente ;<\/li>\n<li>les m\u00e9canismes de m\u00e9diation locaux ont \u00e9t\u00e9 affaiblis par les crises politiques ou s\u00e9curitaires.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Face \u00e0 un syst\u00e8me jug\u00e9 injuste ou inefficace, les parties peuvent chercher \u00e0 \u00ab r\u00e9\u00e9quilibrer \u00bb le rapport de force par des d\u00e9monstrations de force, des menaces ou des violences cibl\u00e9es.<\/p>\n<h3>Instrumentalisation politique et \u00e9lectorale<\/h3>\n<p>La terre est souvent au c\u0153ur des strat\u00e9gies politiques locales : distribution de parcelles, r\u00e9gularisation d\u2019occupations, attribution de permis \u00e0 des investisseurs, cr\u00e9ation de communes ou de nouvelles circonscriptions. Certains acteurs peuvent :<\/p>\n<ul>\n<li>mobiliser des identit\u00e9s \u00ab autochtones \u00bb contre des groupes per\u00e7us comme \u00ab allochtones \u00bb ;<\/li>\n<li>promettre la restitution de terres ou l\u2019expulsion de certains occupants en \u00e9change de soutien politique ;<\/li>\n<li>prot\u00e9ger leurs partisans impliqu\u00e9s dans des occupations contest\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ces configurations, un conflit foncier local devient le support de rivalit\u00e9s politiques plus larges. La protection politique de certains acteurs peut r\u00e9duire le risque de sanctions et rendre l\u2019option violente plus attractive.<\/p>\n<h3>Pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s et \u00e9conomie de la violence<\/h3>\n<p>Dans les zones o\u00f9 op\u00e8rent des groupes arm\u00e9s (bandes criminelles, milices communautaires, groupes jihadistes, compagnies militaires priv\u00e9es ou suppl\u00e9tifs locaux), les conflits fonciers peuvent \u00eatre capt\u00e9s ou aggrav\u00e9s par ces acteurs. Plusieurs dynamiques sont observ\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>les groupes arm\u00e9s se pr\u00e9sentent comme \u00ab protecteurs \u00bb de certaines communaut\u00e9s ou cat\u00e9gories (\u00e9leveurs, agriculteurs, commer\u00e7ants) et interviennent dans les litiges ;<\/li>\n<li>la violence fonci\u00e8re devient une source de revenus (extorsion, \u00ab taxes \u00bb sur les terres, contr\u00f4le de sites miniers ou de zones agricoles) ;<\/li>\n<li>les armes circulent plus facilement, augmentant la l\u00e9talit\u00e9 des affrontements.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019acteurs arm\u00e9s transforme ainsi des disputes fonci\u00e8res en enjeux strat\u00e9giques de contr\u00f4le territorial, avec des effets durables sur la g\u00e9ographie des populations (d\u00e9placements, regroupements, zones interdites).<\/p>\n<h2>Quand les conflits fonciers deviennent des conflits identitaires<\/h2>\n<p>Un \u00e9l\u00e9ment central dans la dynamique de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence est la requalification du conflit : il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019un d\u00e9saccord sur une parcelle, mais d\u2019une confrontation entre identit\u00e9s collectives.<\/p>\n<h3>Ethnicisation et communautarisation des litiges<\/h3>\n<p>Dans de nombreuses situations, les cat\u00e9gories ethniques, religieuses ou statutaires (autochtone\/allog\u00e8ne, agriculteur\/\u00e9leveur, s\u00e9dentaire\/mobile) servent de raccourcis pour interpr\u00e9ter les conflits fonciers. La violence devient plus probable lorsque :<\/p>\n<ul>\n<li>les acteurs mobilisent un discours de menace collective (\u00ab notre communaut\u00e9 est en danger \u00bb) ;<\/li>\n<li>les incidents individuels sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u00e0 l\u2019ensemble d\u2019un groupe ;<\/li>\n<li>les m\u00e9canismes de m\u00e9diation intercommunautaire sont affaiblis.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette ethnicisation n\u2019est pas automatique ni m\u00e9canique. Elle est souvent produite par des entrepreneurs de mobilisation (leaders locaux, \u00e9lus, chefs religieux ou traditionnels, parfois groupes arm\u00e9s) qui y trouvent un int\u00e9r\u00eat politique ou \u00e9conomique.<\/p>\n<h3>R\u00f4le des rumeurs et de l\u2019information<\/h3>\n<p>Les rumeurs, les r\u00e9cits partiels et les interpr\u00e9tations biais\u00e9es jouent un r\u00f4le important dans l\u2019escalade. Dans des contextes de faible confiance envers les institutions, les populations s\u2019appuient sur des r\u00e9seaux informels d\u2019information, qui peuvent :<\/p>\n<ul>\n<li>exag\u00e9rer l\u2019ampleur d\u2019un incident ;<\/li>\n<li>attribuer une intention malveillante \u00e0 l\u2019autre partie ;<\/li>\n<li>r\u00e9activer des r\u00e9cits historiques de domination ou de trahison.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019absence de communication transparente des autorit\u00e9s locales, ou leur silence face \u00e0 des incidents sensibles, peut laisser le champ libre \u00e0 ces r\u00e9cits, facilitant la mobilisation violente.<\/p>\n<h2>Facteurs de r\u00e9silience : pourquoi certains conflits ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent pas<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, de nombreux conflits fonciers, y compris dans des zones fragiles, n\u2019aboutissent pas \u00e0 la violence. Plusieurs facteurs contribuent \u00e0 cette r\u00e9silience.<\/p>\n<h3>M\u00e9canismes locaux de m\u00e9diation et de compromis<\/h3>\n<p>Dans plusieurs r\u00e9gions, des dispositifs hybrides associent autorit\u00e9s coutumi\u00e8res, \u00e9lus locaux, services techniques, organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile et parfois projets de d\u00e9veloppement. Leur efficacit\u00e9 repose sur :<\/p>\n<ul>\n<li>la capacit\u00e9 \u00e0 entendre toutes les parties, y compris les groupes marginalis\u00e9s ;<\/li>\n<li>la reconnaissance sociale des m\u00e9diateurs ;<\/li>\n<li>la recherche de solutions pragmatiques (partage des usages, compensation, r\u00e9am\u00e9nagement des couloirs de transhumance) ;<\/li>\n<li>la documentation progressive des droits (cartographie participative, conventions locales, registres fonciers villageois).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsque ces m\u00e9canismes sont l\u00e9gitimes et accessibles, ils offrent une alternative cr\u00e9dible \u00e0 la violence.<\/p>\n<h3>Clart\u00e9 relative des r\u00e8gles et pr\u00e9visibilit\u00e9 des d\u00e9cisions<\/h3>\n<p>M\u00eame sans r\u00e9forme fonci\u00e8re compl\u00e8te, certains contextes parviennent \u00e0 stabiliser les r\u00e8gles du jeu : proc\u00e9dures connues, documentation minimale des transactions, enregistrement des accords locaux, implication des autorit\u00e9s dans la pr\u00e9vention (et non seulement dans la gestion de crise). Cette pr\u00e9visibilit\u00e9 r\u00e9duit l\u2019incertitude et rend plus co\u00fbteuse, socialement et politiquement, la recours \u00e0 la violence.<\/p>\n<h3>Capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et des autorit\u00e9s locales \u00e0 contenir l\u2019escalade<\/h3>\n<p>La capacit\u00e9 de pr\u00e9vention ne se limite pas \u00e0 la pr\u00e9sence polici\u00e8re. Elle inclut :<\/p>\n<ul>\n<li>la r\u00e9action rapide \u00e0 des incidents sensibles (destruction de cultures, affrontements entre \u00e9leveurs et agriculteurs, occupation de terres) ;<\/li>\n<li>la communication publique sur les d\u00e9cisions prises et leurs motifs ;<\/li>\n<li>l\u2019encadrement de la transhumance et des activit\u00e9s saisonni\u00e8res ;<\/li>\n<li>la sanction, m\u00eame limit\u00e9e, des violences les plus graves.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Lorsque les acteurs locaux per\u00e7oivent que la violence sera sanctionn\u00e9e et que des voies de recours existent, l\u2019incitation \u00e0 l\u2019escalade diminue.<\/p>\n<h2>Une lecture multi-niveaux : local, national, r\u00e9gional<\/h2>\n<p>Les conflits fonciers ne peuvent \u00eatre compris uniquement \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du village ou de la commune. Plusieurs niveaux interagissent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Local<\/strong> : rapports de pouvoir entre familles, lignages, chefs coutumiers, agriculteurs, \u00e9leveurs, migrants ;<\/li>\n<li><strong>National<\/strong> : politiques agricoles, r\u00e9formes fonci\u00e8res, d\u00e9centralisation, programmes d\u2019am\u00e9nagement, choix de d\u00e9veloppement (mines, infrastructures, zones agro-industrielles) ;<\/li>\n<li><strong>R\u00e9gional<\/strong> : mobilit\u00e9 transfrontali\u00e8re des \u00e9leveurs, circulation des armes, pr\u00e9sence de groupes arm\u00e9s transnationaux, march\u00e9s r\u00e9gionaux (b\u00e9tail, c\u00e9r\u00e9ales, or artisanal).<\/li>\n<\/ul>\n<p>La d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence d\u2019un conflit foncier r\u00e9sulte souvent de l\u2019articulation de ces niveaux : une d\u00e9cision nationale sur une zone prot\u00e9g\u00e9e, par exemple, peut reconfigurer les usages locaux, \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une expropriation et \u00eatre exploit\u00e9e par des acteurs arm\u00e9s op\u00e9rant \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale.<\/p>\n<h2>Pourquoi cette question est strat\u00e9gique pour les acteurs publics et priv\u00e9s<\/h2>\n<p>Pour les \u00c9tats, les collectivit\u00e9s, les entreprises et les organisations internationales, la compr\u00e9hension des dynamiques fonci\u00e8res est un enjeu strat\u00e9gique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>s\u00e9curitaire<\/strong> : les violences fonci\u00e8res peuvent nourrir des cycles de repr\u00e9sailles, servir de porte d\u2019entr\u00e9e \u00e0 des groupes arm\u00e9s et fragiliser durablement des territoires ;<\/li>\n<li><strong>\u00e9conomique<\/strong> : les incertitudes fonci\u00e8res freinent l\u2019investissement, perturbent les cha\u00eenes d\u2019approvisionnement et augmentent les co\u00fbts de transaction ;<\/li>\n<li><strong>social et politique<\/strong> : la perception d\u2019injustice fonci\u00e8re alimente la d\u00e9fiance envers l\u2019\u00c9tat, les \u00e9lites locales et les projets de d\u00e9veloppement.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Identifier les zones o\u00f9 les conflits fonciers risquent de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer implique de combiner plusieurs indicateurs : pression sur les ressources, historique de violences, faiblesse des m\u00e9canismes de m\u00e9diation, pr\u00e9sence d\u2019acteurs arm\u00e9s, enjeux politiques locaux. Cette approche permet de passer d\u2019une vision r\u00e9active (r\u00e9pondre aux crises) \u00e0 une d\u00e9marche pr\u00e9ventive, centr\u00e9e sur la r\u00e9duction des facteurs d\u2019escalade.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Afrique de l\u2019Ouest comme ailleurs, les tensions autour de la terre sont fr\u00e9quentes, mais seule une partie d\u2019entre elles se transforme en violence ouverte. Comprendre pourquoi certains conflits fonciers d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent, alors que d\u2019autres restent contenus ou se r\u00e9solvent pacifiquement, suppose de regarder au-del\u00e0 du seul d\u00e9saccord sur la propri\u00e9t\u00e9 ou l\u2019usage de la terre. 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