{"id":22478,"date":"2025-04-09T11:19:08","date_gmt":"2025-04-09T11:19:08","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/quel-impact-du-retrait-de-la-minusma\/"},"modified":"2026-03-22T18:04:27","modified_gmt":"2026-03-22T18:04:27","slug":"quel-impact-du-retrait-de-la-minusma","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/quel-impact-du-retrait-de-la-minusma\/","title":{"rendered":"Quel impact du retrait de la MINUSMA ?"},"content":{"rendered":"<p>Le retrait complet de la MINUSMA du Mali, act\u00e9 fin 2023, marque un tournant majeur pour la s\u00e9curit\u00e9 au Sahel. Cette mission de l\u2019ONU, d\u00e9ploy\u00e9e depuis 2013, avait pour mandat principal de stabiliser le pays, prot\u00e9ger les civils et accompagner la mise en \u0153uvre de l\u2019Accord de paix de 2015. Sa fermeture rapide, \u00e0 la demande des autorit\u00e9s de transition maliennes, rebat les cartes \u00e0 plusieurs niveaux : s\u00e9curitaire, politique, humanitaire et r\u00e9gional.<\/p>\n<h2>Un retrait rapide dans un contexte d\u00e9j\u00e0 d\u00e9grad\u00e9<\/h2>\n<p>Le retrait de la MINUSMA intervient dans un contexte o\u00f9 la violence politique et jihadiste restait \u00e9lev\u00e9e au Mali et dans la r\u00e9gion, comme le montrent les donn\u00e9es d\u2019ACLED et les analyses de l\u2019International Crisis Group et de l\u2019ISS Africa. Les attaques de groupes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda (JNIM) et \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique au Sahel (EIS), ainsi que les violences intercommunautaires, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en hausse dans certaines zones, en particulier au centre du pays.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision de mettre fin \u00e0 la mission a \u00e9t\u00e9 prise en 2023 \u00e0 la suite de tensions croissantes entre le gouvernement malien et l\u2019ONU : restrictions de mouvements, critiques publiques de la MINUSMA, repositionnement strat\u00e9gique de Bamako vers d\u2019autres partenaires s\u00e9curitaires, notamment la Russie. La mission a d\u00fb organiser en quelques mois le retrait de plus de 13 000 militaires et policiers, ainsi que de nombreux civils, en fermant des bases parfois situ\u00e9es dans des zones hautement contest\u00e9es.<\/p>\n<h2>Un vide s\u00e9curitaire partiel et des recompositions locales<\/h2>\n<p>Le premier impact visible concerne le maillage s\u00e9curitaire du territoire. La MINUSMA, malgr\u00e9 ses limites, assurait une pr\u00e9sence internationale dans de nombreuses localit\u00e9s du Nord et du Centre : patrouilles, observation, appui logistique et m\u00e9dical, \u00e9vacuations sanitaires, escortes de convois humanitaires.<\/p>\n<p>Le d\u00e9part de la mission a eu plusieurs effets combin\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9duction de la pr\u00e9sence internationale<\/strong> dans des zones strat\u00e9giques (Kidal, Tessalit, Aguelhok, M\u00e9naka, Gao, Mopti, Tombouctou), avec la fermeture de camps qui servaient de points d\u2019appui pour la surveillance et la dissuasion.<\/li>\n<li><strong>Repositionnement des forces maliennes<\/strong> (FAMa) et de leurs alli\u00e9s, notamment russes, pour reprendre certaines emprises lib\u00e9r\u00e9es par l\u2019ONU, parfois dans un contexte de rivalit\u00e9 avec les groupes arm\u00e9s signataires de l\u2019Accord de 2015.<\/li>\n<li><strong>Opportunit\u00e9s pour les groupes arm\u00e9s jihadistes<\/strong>, qui cherchent \u00e0 exploiter le d\u00e9part de la MINUSMA pour \u00e9tendre leur influence, contr\u00f4ler des axes routiers et renforcer leur emprise sur les populations rurales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Ce vide n\u2019est pas total : l\u2019\u00c9tat malien a repris plusieurs camps et affirme renforcer son dispositif. Toutefois, la capacit\u00e9 \u00e0 projeter durablement des forces sur de vastes territoires, \u00e0 tenir les zones reconquises et \u00e0 prot\u00e9ger les civils reste une question ouverte. Les rapports de l\u2019ONU publi\u00e9s avant la fermeture de la mission soulignaient d\u00e9j\u00e0 les limites en effectifs, en mobilit\u00e9 et en logistique des forces nationales, malgr\u00e9 certains gains tactiques.<\/p>\n<h2>Cons\u00e9quences sur la protection des civils<\/h2>\n<p>La MINUSMA disposait d\u2019un mandat explicite de protection des civils, m\u00eame si son action \u00e9tait souvent jug\u00e9e insuffisante par les populations et les observateurs. Ses capacit\u00e9s a\u00e9riennes, ses contingents d\u00e9ploy\u00e9s en garnison et ses m\u00e9canismes d\u2019alerte pr\u00e9coce permettaient n\u00e9anmoins d\u2019att\u00e9nuer certains risques dans des zones particuli\u00e8rement expos\u00e9es.<\/p>\n<p>Le retrait a plusieurs implications possibles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Moindre capacit\u00e9 d\u2019alerte et de dissuasion<\/strong> dans les zones rurales \u00e9loign\u00e9es, o\u00f9 les communaut\u00e9s sont d\u00e9sormais plus directement expos\u00e9es aux repr\u00e9sailles de groupes arm\u00e9s, aux affrontements intercommunautaires et aux abus potentiels d\u2019acteurs \u00e9tatiques ou non \u00e9tatiques.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9duction des m\u00e9canismes de monitoring<\/strong> des violations des droits humains. Les rapports de la MINUSMA constituaient une source importante de documentation sur les exactions commises par l\u2019ensemble des parties au conflit.<\/li>\n<li><strong>Perception ambivalente des populations<\/strong> : certains acteurs locaux reprochaient \u00e0 la MINUSMA son inertie, d\u2019autres craignent que son d\u00e9part n\u2019aggrave l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et les violences, notamment dans le centre du pays.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les donn\u00e9es disponibles depuis la fin de 2023 montrent des \u00e9volutions contrast\u00e9es selon les r\u00e9gions. Dans certaines zones, la pr\u00e9sence renforc\u00e9e de l\u2019arm\u00e9e malienne a pu r\u00e9duire ponctuellement certains types d\u2019attaques. Dans d\u2019autres, la recomposition des forces et la comp\u00e9tition entre groupes arm\u00e9s ont aliment\u00e9 une hausse des incidents violents, m\u00eame si les analyses restent en cours et que la tendance de moyen terme demeure incertaine.<\/p>\n<h2>Impact sur le processus de paix et les groupes arm\u00e9s signataires<\/h2>\n<p>La MINUSMA jouait un r\u00f4le central dans l\u2019appui \u00e0 l\u2019Accord pour la paix et la r\u00e9conciliation issu du processus d\u2019Alger (2015) : facilitation du dialogue, soutien aux m\u00e9canismes de suivi, appui \u00e0 la mise en \u0153uvre de certaines dispositions s\u00e9curitaires (cantonnement, DDR \u2013 d\u00e9sarmement, d\u00e9mobilisation, r\u00e9int\u00e9gration), ainsi qu\u2019aux autorit\u00e9s int\u00e9rimaires dans le Nord.<\/p>\n<p>Son d\u00e9part a plusieurs effets majeurs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Affaiblissement des m\u00e9canismes de m\u00e9diation<\/strong> entre l\u2019\u00c9tat et les mouvements signataires (ex-Coordination des mouvements de l\u2019Azawad, Plateforme, etc.), dans un contexte de m\u00e9fiance accrue.<\/li>\n<li><strong>Reprise des hostilit\u00e9s<\/strong> dans certaines zones du Nord, avec des affrontements entre forces maliennes et groupes arm\u00e9s signataires pour le contr\u00f4le des anciens camps de la MINUSMA, en particulier autour de Kidal.<\/li>\n<li><strong>Risque de fragmentation<\/strong> du paysage politico-militaire, certains groupes pouvant se radicaliser, se rapprocher de r\u00e9seaux criminels ou jihadistes, ou au contraire chercher des arrangements locaux avec l\u2019\u00c9tat.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les think tanks sp\u00e9cialis\u00e9s soulignent que l\u2019absence d\u2019un acteur tiers relativement neutre complique la gestion des crises locales et la relance d\u2019un cadre politique inclusif. Le retrait de la MINUSMA ne cr\u00e9e pas \u00e0 lui seul la crise du processus de paix, mais il retire un instrument important de facilitation et de pression diplomatique.<\/p>\n<h2>Effets sur l\u2019aide humanitaire et le d\u00e9veloppement<\/h2>\n<p>La MINUSMA n\u2019\u00e9tait pas une mission humanitaire, mais elle fournissait un appui logistique, s\u00e9curitaire et politique \u00e0 de nombreux acteurs humanitaires et de d\u00e9veloppement : s\u00e9curisation de convois, partage d\u2019informations, soutien \u00e0 la coordination, mise \u00e0 disposition de moyens a\u00e9riens.<\/p>\n<p>Son retrait entra\u00eene :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Des contraintes accrues pour les ONG<\/strong> et agences onusiennes, notamment dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 certaines zones du Nord et du Centre, en raison d\u2019une ins\u00e9curit\u00e9 accrue ou d\u2019un manque de garanties s\u00e9curitaires.<\/li>\n<li><strong>Une d\u00e9pendance plus forte vis-\u00e0-vis des forces nationales<\/strong> ou d\u2019autres acteurs arm\u00e9s pour s\u00e9curiser les op\u00e9rations, ce qui pose des questions de neutralit\u00e9 per\u00e7ue et de marge de man\u0153uvre.<\/li>\n<li><strong>Des risques de r\u00e9duction de certaines activit\u00e9s<\/strong> de d\u00e9veloppement dans les zones les plus contest\u00e9es, au profit d\u2019un recentrage sur l\u2019urgence humanitaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les cons\u00e9quences varient selon les r\u00e9gions et les secteurs. Certaines organisations ont cherch\u00e9 de nouveaux arrangements logistiques et s\u00e9curitaires, d\u2019autres ont r\u00e9duit leur pr\u00e9sence ou d\u00e9plac\u00e9 leurs activit\u00e9s. L\u2019impact sur la r\u00e9silience des communaut\u00e9s, d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9es par les chocs climatiques, \u00e9conomiques et s\u00e9curitaires, est un point de vigilance majeur.<\/p>\n<h2>Reconfigurations g\u00e9opolitiques et r\u00e9gionales<\/h2>\n<p>Le retrait de la MINUSMA s\u2019inscrit dans une reconfiguration plus large des engagements internationaux au Sahel : fin de l\u2019op\u00e9ration Barkhane, transformation du G5 Sahel, mont\u00e9e en puissance de nouveaux partenaires, repositionnement diplomatique de plusieurs \u00c9tats de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p>Plusieurs dynamiques se superposent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9duction de la pr\u00e9sence occidentale<\/strong> militaire et onusienne au Mali, au profit de partenariats bilat\u00e9raux plus \u00e9troits avec certains \u00c9tats, notamment la Russie.<\/li>\n<li><strong>Effets d\u2019entra\u00eenement r\u00e9gionaux<\/strong> : les d\u00e9bats sur l\u2019efficacit\u00e9 des op\u00e9rations internationales au Sahel alimentent des discussions au Niger, au Burkina Faso et dans les pays c\u00f4tiers sur les formes d\u2019appui ext\u00e9rieur jug\u00e9es acceptables.<\/li>\n<li><strong>Interrogations sur l\u2019avenir des op\u00e9rations de paix onusiennes<\/strong> dans des contextes o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 des missions est contest\u00e9e, alors m\u00eame que les besoins de stabilisation restent importants.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Pour les pays voisins, le retrait de la MINUSMA pose la question du risque de diffusion des violences, des flux de d\u00e9plac\u00e9s et des trafics \u00e0 travers les fronti\u00e8res, dans un contexte o\u00f9 les groupes arm\u00e9s op\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale. Les \u00c9tats c\u00f4tiers du Golfe de Guin\u00e9e, en particulier, suivent de pr\u00e8s ces \u00e9volutions, conscients des interconnexions entre le nord du Mali, le Burkina Faso, le Niger et leurs propres r\u00e9gions septentrionales.<\/p>\n<h2>Incertitudes et \u00e9l\u00e9ments \u00e0 surveiller<\/h2>\n<p>Les impacts du retrait de la MINUSMA se d\u00e9ploient dans le temps. Plusieurs tendances restent \u00e0 observer avec prudence, en s\u2019appuyant sur les travaux d\u2019organisations sp\u00e9cialis\u00e9es et les donn\u00e9es de terrain :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9volution des violences<\/strong> contre les civils, les forces de s\u00e9curit\u00e9 et les acteurs humanitaires dans les zones anciennement sous forte pr\u00e9sence onusienne.<\/li>\n<li><strong>Capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat malien<\/strong> \u00e0 s\u00e9curiser durablement les territoires, \u00e0 fournir des services de base et \u00e0 instaurer des formes de gouvernance jug\u00e9es l\u00e9gitimes par les populations.<\/li>\n<li><strong>Trajectoire du processus de paix<\/strong> avec les groupes arm\u00e9s signataires : reprise d\u2019un dialogue politique, durcissement, fragmentation ou recomposition des alliances.<\/li>\n<li><strong>R\u00f4le des nouveaux partenaires s\u00e9curitaires<\/strong> et perception de leur action par les populations locales, les voisins r\u00e9gionaux et les acteurs internationaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les analyses convergent sur un point : le retrait de la MINUSMA ne constitue ni la cause unique des difficult\u00e9s actuelles du Mali, ni une solution en soi. Il amplifie des dynamiques pr\u00e9existantes \u2013 crise de gouvernance, conflits locaux, comp\u00e9tition entre acteurs arm\u00e9s, recompositions g\u00e9opolitiques \u2013 et ouvre une phase d\u2019incertitude o\u00f9 les trajectoires possibles restent multiples.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le retrait complet de la MINUSMA du Mali, act\u00e9 fin 2023, marque un tournant majeur pour la s\u00e9curit\u00e9 au Sahel. Cette mission de l\u2019ONU, d\u00e9ploy\u00e9e depuis 2013, avait pour mandat principal de stabiliser le pays, prot\u00e9ger les civils et accompagner la mise en \u0153uvre de l\u2019Accord de paix de 2015. 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