{"id":22414,"date":"2025-09-22T09:12:23","date_gmt":"2025-09-22T09:12:23","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/les-marches-ruraux-sont-ils-devenus-des-lieux-de-taxation-armee\/"},"modified":"2026-03-22T18:08:42","modified_gmt":"2026-03-22T18:08:42","slug":"les-marches-ruraux-sont-ils-devenus-des-lieux-de-taxation-armee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/les-marches-ruraux-sont-ils-devenus-des-lieux-de-taxation-armee\/","title":{"rendered":"Les march\u00e9s ruraux sont-ils devenus des lieux de taxation arm\u00e9e ?"},"content":{"rendered":"<p>\nLes march\u00e9s ruraux occupent une place centrale dans les \u00e9conomies locales d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, en particulier dans les zones sah\u00e9liennes et soudaniennes. Ils structurent les \u00e9changes agricoles, le commerce du b\u00e9tail, la circulation des biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 et, plus largement, la vie sociale. Depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, ces espaces sont de plus en plus int\u00e9gr\u00e9s aux \u00e9conomies de guerre : groupes jihadistes, milices, groupes d\u2019auto-d\u00e9fense et, parfois, acteurs \u00e9tatiques y pr\u00e9l\u00e8vent des ressources. La question n\u2019est donc plus seulement de savoir si les march\u00e9s ruraux sont tax\u00e9s, mais comment, par qui, \u00e0 quelles conditions et avec quels effets sur les communaut\u00e9s.\n<\/p>\n<h2>Des march\u00e9s au c\u0153ur des \u00e9conomies locales et transfrontali\u00e8res<\/h2>\n<p>\nDans de vastes r\u00e9gions du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du nord du Nigeria, les march\u00e9s hebdomadaires structurent les \u00e9changes entre agriculteurs, \u00e9leveurs, commer\u00e7ants et transporteurs. Ils sont souvent situ\u00e9s \u00e0 des points de passage strat\u00e9giques : carrefours routiers, zones de transhumance, fronti\u00e8res administratives. Les travaux de l\u2019International Crisis Group, d\u2019ISS Africa et de la Small Arms Survey montrent que ces march\u00e9s constituent des n\u0153uds logistiques essentiels, non seulement pour les \u00e9conomies rurales, mais aussi pour les r\u00e9seaux de contrebande (carburant, b\u00e9tail, cigarettes, or, armes, m\u00e9dicaments).\n<\/p>\n<p>\nCette centralit\u00e9 \u00e9conomique et spatiale explique en grande partie l\u2019int\u00e9r\u00eat que leur portent les acteurs arm\u00e9s. Contr\u00f4ler un march\u00e9, ce n\u2019est pas seulement capter des revenus : c\u2019est aussi surveiller les flux, imposer des r\u00e8gles, gagner en l\u00e9gitimit\u00e9 locale et, parfois, concurrencer l\u2019\u00c9tat sur le terrain de la r\u00e9gulation \u00e9conomique et de la justice commerciale.\n<\/p>\n<h2>Taxation arm\u00e9e : de quoi parle-t-on ?<\/h2>\n<p>\nLa \u00ab taxation arm\u00e9e \u00bb d\u00e9signe le pr\u00e9l\u00e8vement impos\u00e9 par des acteurs arm\u00e9s non \u00e9tatiques \u2013 et, dans certains contextes, par des agents \u00e9tatiques agissant de mani\u00e8re informelle \u2013 sur les personnes, les biens ou les transactions. Elle peut prendre plusieurs formes :\n<\/p>\n<ul>\n<li>taxes sur l\u2019acc\u00e8s au march\u00e9 (droit d\u2019entr\u00e9e pour les commer\u00e7ants, frais de stationnement pour les camions ou les troupeaux) ;<\/li>\n<li>taxes sur les transactions (pr\u00e9l\u00e8vement par t\u00eate de b\u00e9tail vendu, sur les sacs de c\u00e9r\u00e9ales, sur les marchandises import\u00e9es) ;<\/li>\n<li>taxes de passage sur les routes menant au march\u00e9 (p\u00e9ages informels, ran\u00e7ons \u00ab de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb pour les convois) ;<\/li>\n<li>taxes sur les services annexes (moulins, entrep\u00f4ts, abattoirs, points d\u2019eau, parkings).<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes groupes jihadistes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda (JNIM et ses composantes) ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique (EIGS, ISWAP) ont, selon de nombreux travaux acad\u00e9miques et rapports de think tanks, syst\u00e9matis\u00e9 ces pratiques dans plusieurs zones rurales, en particulier l\u00e0 o\u00f9 la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat est faible ou contest\u00e9e. Mais ils ne sont pas les seuls : milices communautaires, groupes d\u2019auto-d\u00e9fense, bandits organis\u00e9s et certains segments des forces de s\u00e9curit\u00e9 participent parfois \u00e0 cette \u00e9conomie de la pr\u00e9dation.\n<\/p>\n<h2>Un ph\u00e9nom\u00e8ne ancien, mais profond\u00e9ment transform\u00e9<\/h2>\n<p>\nLes pr\u00e9l\u00e8vements sur les march\u00e9s ruraux ne sont pas nouveaux en Afrique de l\u2019Ouest. Historiquement, pouvoirs coutumiers, autorit\u00e9s administratives et services fiscaux ont toujours per\u00e7u des droits de march\u00e9, des taxes sur le b\u00e9tail ou des frais de stationnement. La nouveaut\u00e9 tient \u00e0 plusieurs facteurs :\n<\/p>\n<ul>\n<li>la multiplication des acteurs arm\u00e9s pr\u00e9tendant imposer leur propre fiscalit\u00e9 ;<\/li>\n<li>la concurrence entre fiscalit\u00e9 \u00e9tatique, normes coutumi\u00e8res et taxation arm\u00e9e ;<\/li>\n<li>la militarisation de pratiques autrefois essentiellement administratives ou coutumi\u00e8res ;<\/li>\n<li>l\u2019int\u00e9gration de ces pr\u00e9l\u00e8vements dans des strat\u00e9gies de contr\u00f4le territorial et d\u2019adh\u00e9sion forc\u00e9e des populations.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans certaines zones du centre du Mali, du nord et de l\u2019est du Burkina Faso ou du Liptako-Gourma, des \u00e9tudes de terrain montrent que les march\u00e9s sont d\u00e9sormais accessibles uniquement avec l\u2019aval de groupes arm\u00e9s, qui fixent les jours d\u2019ouverture, les r\u00e8gles de circulation des armes, la gestion des conflits commerciaux et les montants des taxes. La fronti\u00e8re entre \u00ab imp\u00f4t \u00bb, \u00ab protection \u00bb et \u00ab extorsion \u00bb devient floue, surtout lorsqu\u2019une partie des communaut\u00e9s y voit une forme d\u2019ordre, en comparaison avec l\u2019arbitraire de certains agents \u00e9tatiques.\n<\/p>\n<h2>Qui taxe et sur quelles bases ?<\/h2>\n<p>\nLa diversit\u00e9 des acteurs est un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 pour comprendre les dynamiques de taxation arm\u00e9e :\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Groupes jihadistes<\/strong> : ils mobilisent un discours religieux et moral pour l\u00e9gitimer les taxes, parfois pr\u00e9sent\u00e9es comme des formes de \u00ab zakat \u00bb (aum\u00f4ne obligatoire) ou d\u2019imp\u00f4t islamique. Dans les faits, les montants et modalit\u00e9s varient fortement selon les contextes, les commandants locaux et les rapports de force avec les communaut\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Groupes d\u2019auto-d\u00e9fense et milices communautaires<\/strong> : initialement cr\u00e9\u00e9s pour prot\u00e9ger les villages, certains pr\u00e9l\u00e8vent des contributions sur les march\u00e9s pour financer armes, carburant et logistique. Ces pr\u00e9l\u00e8vements peuvent \u00eatre per\u00e7us comme plus l\u00e9gitimes par certaines communaut\u00e9s, mais ils s\u2019accompagnent parfois d\u2019abus et de favoritisme ethnique ou local.<\/li>\n<li><strong>Bandits et r\u00e9seaux criminels<\/strong> : dans des zones particuli\u00e8rement instables, des groupes sans agenda id\u00e9ologique clair se greffent sur les flux marchands pour imposer des taxes, ran\u00e7ons ou \u00ab assurances \u00bb de non-agression.<\/li>\n<li><strong>Acteurs \u00e9tatiques<\/strong> : des rapports de l\u2019ONU, de l\u2019OCDE et de plusieurs ONG documentent des cas o\u00f9 des forces de s\u00e9curit\u00e9, des douaniers ou des agents locaux per\u00e7oivent des taxes ill\u00e9gales sur les routes et aux abords des march\u00e9s, brouillant la distinction entre fiscalit\u00e9 officielle et pr\u00e9dation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLa base de calcul des taxes est souvent pragmatique : volume de marchandises, taille du camion, nombre de t\u00eates de b\u00e9tail, distance parcourue. Les montants sont n\u00e9goci\u00e9s, ajust\u00e9s ou impos\u00e9s selon la force de l\u2019acteur arm\u00e9, la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance des commer\u00e7ants et l\u2019existence ou non d\u2019alternatives (autres march\u00e9s, autres routes, fermeture temporaire).\n<\/p>\n<h2>March\u00e9s ferm\u00e9s, d\u00e9plac\u00e9s ou r\u00e9organis\u00e9s<\/h2>\n<p>\nL\u2019ACLED et plusieurs travaux acad\u00e9miques montrent une augmentation des incidents violents autour des march\u00e9s ruraux : attaques ciblant des commer\u00e7ants, enl\u00e8vements sur les axes, affrontements entre groupes arm\u00e9s pour le contr\u00f4le de lieux de commerce. Ces violences ont trois effets principaux :\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fermeture ou d\u00e9placement de march\u00e9s<\/strong> : des march\u00e9s historiques sont abandonn\u00e9s au profit de nouveaux sites jug\u00e9s plus s\u00fbrs ou mieux contr\u00f4l\u00e9s par un acteur arm\u00e9 sp\u00e9cifique. Ce d\u00e9placement reconfigure les circuits \u00e9conomiques et les rapports de pouvoir locaux.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9duction des flux<\/strong> : la peur des attaques ou de la multiplication des taxes d\u00e9courage certains commer\u00e7ants, entra\u00eene une hausse des co\u00fbts de transport et une diminution de l\u2019offre, avec des effets sur les prix.<\/li>\n<li><strong>Segmentation communautaire<\/strong> : dans certains contextes, les march\u00e9s deviennent de facto mono-communautaires, certaines populations n\u2019osant plus fr\u00e9quenter des espaces per\u00e7us comme contr\u00f4l\u00e9s par un groupe adverse.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans le centre du Mali ou le nord du Burkina Faso, des t\u00e9moignages recueillis par des ONG et des chercheurs indiquent que des march\u00e9s jadis multi-ethniques et ouverts sont d\u00e9sormais domin\u00e9s par un groupe ou une coalition d\u2019acteurs arm\u00e9s, qui r\u00e9gulent l\u2019acc\u00e8s selon des crit\u00e8res communautaires, politiques ou s\u00e9curitaires.\n<\/p>\n<h2>Impacts \u00e9conomiques et sociaux sur les communaut\u00e9s<\/h2>\n<p>\nPour les populations rurales, la taxation arm\u00e9e sur les march\u00e9s se traduit par une combinaison de co\u00fbts \u00e9conomiques et d\u2019effets sociaux plus diffus :\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Augmentation des prix<\/strong> : chaque couche de taxation (groupes arm\u00e9s, forces de s\u00e9curit\u00e9, interm\u00e9diaires) se r\u00e9percute sur le prix final des biens. Les produits import\u00e9s (riz, sucre, carburant) et le b\u00e9tail sont particuli\u00e8rement concern\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Fragilisation des petits commer\u00e7ants<\/strong> : ceux qui disposent de marges limit\u00e9es ou de faibles capacit\u00e9s de stockage sont les plus vuln\u00e9rables. Certains abandonnent le commerce ou se replient vers des circuits informels plus risqu\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>In\u00e9galit\u00e9s accrues<\/strong> : les acteurs disposant de capital, de r\u00e9seaux ou de protection (alliances avec des groupes arm\u00e9s ou des autorit\u00e9s) peuvent mieux absorber les co\u00fbts, renfor\u00e7ant leur position dominante.<\/li>\n<li><strong>Pression sur les m\u00e9nages<\/strong> : la hausse des prix alimentaires et la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9couler les produits agricoles affectent la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et la capacit\u00e9 des familles \u00e0 investir dans l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9 ou la mobilit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nSur le plan social, les march\u00e9s fonctionnent traditionnellement comme des lieux de sociabilit\u00e9, de circulation d\u2019informations et de n\u00e9gociation de conflits. Leur militarisation modifie ces fonctions : les discussions deviennent plus prudentes, la pr\u00e9sence d\u2019hommes arm\u00e9s dissuade certaines cat\u00e9gories (femmes, jeunes, minorit\u00e9s) de participer pleinement \u00e0 la vie marchande, et la peur de la surveillance limite les \u00e9changes politiques.\n<\/p>\n<h2>Entre pr\u00e9dation et gouvernance : une zone grise<\/h2>\n<p>\nLa taxation arm\u00e9e ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple extorsion. Dans plusieurs contextes, des groupes arm\u00e9s cherchent \u00e0 se pr\u00e9senter comme des autorit\u00e9s de r\u00e9gulation, en encadrant les march\u00e9s pour :\n<\/p>\n<ul>\n<li>imposer des \u00ab prix planchers \u00bb pour certains produits agricoles ;<\/li>\n<li>limiter les vols et braquages \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du march\u00e9 ;<\/li>\n<li>arbitrer des litiges commerciaux ou fonciers ;<\/li>\n<li>interdire l\u2019alcool, certaines pratiques jug\u00e9es ill\u00e9gitimes, ou la pr\u00e9sence de certains acteurs (par exemple des forces de s\u00e9curit\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDes recherches de terrain au Mali, au Burkina Faso et au Niger montrent que certains commer\u00e7ants ou habitants per\u00e7oivent ces dispositifs comme ambivalents : ils d\u00e9noncent la charge financi\u00e8re et la menace permanente de la violence, mais reconnaissent parfois une forme de \u00ab pr\u00e9visibilit\u00e9 \u00bb ou de r\u00e9duction de certains abus par rapport \u00e0 des p\u00e9riodes marqu\u00e9es par le banditisme ou la corruption sans cadre. Cette perception varie fortement selon les groupes sociaux, les r\u00e9gions et l\u2019\u00e9volution des rapports de force.\n<\/p>\n<h2>Implications pour les \u00c9tats et les acteurs internationaux<\/h2>\n<p>\nLa mont\u00e9e en puissance de la taxation arm\u00e9e dans les march\u00e9s ruraux pose plusieurs d\u00e9fis aux \u00c9tats et aux partenaires internationaux :\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9rosion de la l\u00e9gitimit\u00e9 fiscale de l\u2019\u00c9tat<\/strong> : lorsque les populations paient des taxes \u00e0 des groupes arm\u00e9s, tout en percevant peu de services de l\u2019\u00c9tat, la l\u00e9gitimit\u00e9 de la fiscalit\u00e9 officielle se fragilise.<\/li>\n<li><strong>Recomposition des circuits \u00e9conomiques<\/strong> : les flux de marchandises se r\u00e9orientent vers des corridors jug\u00e9s plus s\u00fbrs ou plus avantageux fiscalement, parfois sous contr\u00f4le de groupes arm\u00e9s, ce qui complique la planification \u00e9conomique et le contr\u00f4le douanier.<\/li>\n<li><strong>Interaction avec les politiques de s\u00e9curit\u00e9<\/strong> : les op\u00e9rations militaires qui conduisent \u00e0 la fermeture de march\u00e9s ou \u00e0 la restriction de certaines mobilit\u00e9s peuvent, si elles ne sont pas accompagn\u00e9es, renforcer l\u2019emprise de circuits clandestins et d\u2019acteurs arm\u00e9s.<\/li>\n<li><strong>Risques pour les interventions humanitaires et de d\u00e9veloppement<\/strong> : les projets visant \u00e0 soutenir la r\u00e9silience \u00e9conomique, l\u2019agriculture ou le pastoralisme doivent int\u00e9grer le fait que les march\u00e9s sont des espaces de pouvoir contest\u00e9s et potentiellement sources de revenus pour des groupes arm\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes d\u00e9bats parmi chercheurs et praticiens portent notamment sur la mani\u00e8re d\u2019agir dans cette \u00ab zone grise \u00bb : comment soutenir les \u00e9conomies rurales sans renforcer les capacit\u00e9s financi\u00e8res des groupes arm\u00e9s ? Comment reconstruire une fiscalit\u00e9 l\u00e9gitime dans des contextes o\u00f9 les populations sont d\u00e9j\u00e0 lourdement tax\u00e9es de mani\u00e8re informelle ? Les r\u00e9ponses restent en grande partie contextuelles et exp\u00e9rimentales, et les preuves d\u2019impact \u00e0 long terme des diff\u00e9rentes approches sont encore limit\u00e9es.\n<\/p>\n<h2>Une tendance lourde mais tr\u00e8s variable selon les r\u00e9gions<\/h2>\n<p>\nLes march\u00e9s ruraux ne sont pas partout des lieux de taxation arm\u00e9e, et l\u2019intensit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne varie fortement selon les pays et les r\u00e9gions. Dans certaines zones c\u00f4ti\u00e8res du Golfe de Guin\u00e9e, les march\u00e9s restent principalement r\u00e9gul\u00e9s par l\u2019\u00c9tat et les autorit\u00e9s locales, m\u00eame si des formes de racket existent. \u00c0 l\u2019inverse, dans des r\u00e9gions sah\u00e9liennes marqu\u00e9es par la faible pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9tat, les march\u00e9s sont devenus des leviers centraux de financement et de contr\u00f4le pour les groupes arm\u00e9s.\n<\/p>\n<p>\nLa tendance g\u00e9n\u00e9rale, document\u00e9e par les travaux de think tanks et d\u2019organisations internationales, est celle d\u2019une int\u00e9gration croissante des march\u00e9s ruraux dans les \u00e9conomies politiques des conflits : ils sont \u00e0 la fois des sources de revenus, des lieux de l\u00e9gitimation, des espaces de surveillance et des instruments de r\u00e9gulation sociale. Comprendre ces dynamiques est devenu indispensable pour analyser les conflits au Sahel et en Afrique de l\u2019Ouest, mais aussi pour concevoir des politiques publiques et des interventions internationales qui tiennent compte de la r\u00e9alit\u00e9 des \u00e9conomies locales.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les march\u00e9s ruraux occupent une place centrale dans les \u00e9conomies locales d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, en particulier dans les zones sah\u00e9liennes et soudaniennes. Ils structurent les \u00e9changes agricoles, le commerce du b\u00e9tail, la circulation des biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 et, plus largement, la vie sociale. 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