{"id":22405,"date":"2025-09-19T12:50:12","date_gmt":"2025-09-19T12:50:12","guid":{"rendered":"https:\/\/sahel.watch\/les-grands-projets-dinfrastructure-sont-ils-cibles\/"},"modified":"2026-03-22T18:04:13","modified_gmt":"2026-03-22T18:04:13","slug":"les-grands-projets-dinfrastructure-sont-ils-cibles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sahel.watch\/en\/les-grands-projets-dinfrastructure-sont-ils-cibles\/","title":{"rendered":"Les grands projets d\u2019infrastructure sont-ils cibl\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"<p>\nLes grands projets d\u2019infrastructure \u2013 routes, ponts, mines industrielles, pipelines, barrages, ports \u2013 occupent une place centrale dans les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement en Afrique de l\u2019Ouest. Dans les zones touch\u00e9es par les insurrections jihadistes, les violences communautaires ou les trafics transnationaux, une question revient avec insistance : ces infrastructures sont-elles devenues des cibles privil\u00e9gi\u00e9es pour les groupes arm\u00e9s non \u00e9tatiques&nbsp;?\n<\/p>\n<p>\nL\u2019analyse des donn\u00e9es disponibles montre une r\u00e9alit\u00e9 plus nuanc\u00e9e. Les infrastructures sont effectivement vis\u00e9es, mais de mani\u00e8re diff\u00e9renci\u00e9e selon les pays, les acteurs arm\u00e9s et les types de projets. Les attaques r\u00e9pondent rarement \u00e0 une logique unique ; elles articulent enjeux militaires, \u00e9conomiques, politiques et symboliques.\n<\/p>\n<h2>Pourquoi les infrastructures sont strat\u00e9giques pour les acteurs arm\u00e9s<\/h2>\n<p>\nDans les contextes de conflit, les infrastructures structurent les rapports de force. Elles sont \u00e0 la fois :\n<\/p>\n<ul>\n<li><strong>des leviers de contr\u00f4le territorial<\/strong> : routes, ponts et axes logistiques conditionnent les mouvements des forces arm\u00e9es, des convois humanitaires et des flux commerciaux ;<\/li>\n<li><strong>des sources de rente<\/strong> : sites miniers, corridors de transport et postes de p\u00e9age informels alimentent les finances de groupes arm\u00e9s et de r\u00e9seaux criminels ;<\/li>\n<li><strong>des symboles de la pr\u00e9sence \u00e9tatique ou des \u00e9lites<\/strong> : chantiers publics, bases logistiques d\u2019entreprises ou camps de travailleurs sont associ\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00c9tat central, aux partenaires \u00e9trangers ou aux grandes compagnies ;<\/li>\n<li><strong>des points de pression sur les populations<\/strong> : en perturbant l\u2019acc\u00e8s aux march\u00e9s, aux services ou \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, certains groupes renforcent leur capacit\u00e9 de coercition ou de n\u00e9gociation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans ce cadre, la question n\u2019est pas seulement de savoir si les projets d\u2019infrastructure sont vis\u00e9s, mais <em>pourquoi<\/em>, <em>quand<\/em> et <em>comment<\/em> ils le sont, et ce que cela r\u00e9v\u00e8le des dynamiques locales de violence.\n<\/p>\n<h2>Des tendances contrast\u00e9es selon les types d\u2019infrastructures<\/h2>\n<h3>Routes, ponts et corridors logistiques<\/h3>\n<p>\nLes axes routiers sont parmi les infrastructures les plus r\u00e9guli\u00e8rement affect\u00e9es par les violences en Afrique de l\u2019Ouest. Les donn\u00e9es d\u2019ACLED et de plusieurs think tanks (ISS Africa, Clingendael) montrent une concentration d\u2019attaques et d\u2019engins explosifs improvis\u00e9s (EEI) le long de routes strat\u00e9giques dans le Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger) et, de plus en plus, dans certaines zones du nord du B\u00e9nin, du Togo et de la C\u00f4te d\u2019Ivoire.\n<\/p>\n<p>\nDans la plupart des cas, les routes ne sont pas cibl\u00e9es en tant que \u00ab projet de d\u00e9veloppement \u00bb, mais en tant que <strong>vecteurs de projection de l\u2019\u00c9tat<\/strong> :\n<\/p>\n<ul>\n<li>les EEI visent prioritairement les convois militaires ou mixtes (forces arm\u00e9es, gendarmerie, parfois escortes priv\u00e9es) ;<\/li>\n<li>les attaques contre bus, camions ou v\u00e9hicules civils surviennent souvent sur des axes d\u00e9j\u00e0 militaris\u00e9s ou sous contr\u00f4le contest\u00e9 ;<\/li>\n<li>les barrages routiers ill\u00e9gaux servent \u00e0 lever des taxes, contr\u00f4ler les mouvements de populations et filtrer les flux commerciaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes ponts et ouvrages d\u2019art sont parfois d\u00e9truits ou endommag\u00e9s, non pour leur valeur propre, mais pour <strong>isoler une zone<\/strong>, compliquer les op\u00e9rations militaires ou emp\u00eacher l\u2019approvisionnement d\u2019une localit\u00e9. Ces destructions ont des effets durables sur les \u00e9conomies locales et l\u2019acc\u00e8s aux services, m\u00eame lorsqu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas au d\u00e9part le \u00ab c\u0153ur \u00bb de la cible.\n<\/p>\n<h3>Sites miniers industriels et artisanaux<\/h3>\n<p>\nLes mines industrielles (or, uranium, bauxite, mangan\u00e8se, etc.) et les sites artisanaux constituent des points de forte concentration de valeur \u00e9conomique. Les recherches de l\u2019International Crisis Group, de Small Arms Survey et de plusieurs travaux acad\u00e9miques montrent que :\n<\/p>\n<ul>\n<li>les <strong>sites artisanaux<\/strong> sont fr\u00e9quemment int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 des syst\u00e8mes de taxation informelle par des groupes arm\u00e9s, des milices ou des r\u00e9seaux criminels ;<\/li>\n<li>les <strong>mines industrielles<\/strong> sont moins souvent directement attaqu\u00e9es que ne le sugg\u00e8re l\u2019imaginaire m\u00e9diatique, mais elles sont expos\u00e9es \u00e0 des risques indirects : ins\u00e9curit\u00e9 sur les routes d\u2019acc\u00e8s, enl\u00e8vements de personnel, sabotage ponctuel d\u2019\u00e9quipements p\u00e9riph\u00e9riques ;<\/li>\n<li>les <strong>conflits fonciers et communautaires<\/strong> autour des sites miniers peuvent \u00eatre instrumentalis\u00e9s par des groupes arm\u00e9s qui se pr\u00e9sentent comme protecteurs ou arbitres.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes attaques contre des convois de soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, des camps de travailleurs ou des prestataires logistiques montrent que ces projets peuvent \u00eatre per\u00e7us comme des <strong>cibles \u00e0 forte valeur symbolique et \u00e9conomique<\/strong>. Cependant, les groupes arm\u00e9s privil\u00e9gient souvent la captation de rentes (extorsion, protection, taxation) plut\u00f4t que la destruction pure et simple de l\u2019actif.\n<\/p>\n<h3>Barrages, r\u00e9seaux \u00e9lectriques et pipelines<\/h3>\n<p>\nLes barrages hydro\u00e9lectriques, lignes \u00e9lectriques et pipelines sont moins fr\u00e9quemment vis\u00e9s que les routes ou les march\u00e9s, mais leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 suscite une attention croissante. Dans plusieurs pays de la r\u00e9gion, des incidents ont montr\u00e9 que :\n<\/p>\n<ul>\n<li>les <strong>lignes \u00e0 haute tension<\/strong> peuvent \u00eatre sabot\u00e9es pour perturber l\u2019alimentation d\u2019une zone, cr\u00e9er un effet psychologique ou punir une communaut\u00e9 jug\u00e9e proche de l\u2019\u00c9tat ;<\/li>\n<li>les <strong>pipelines et d\u00e9p\u00f4ts de carburant<\/strong> sont surtout expos\u00e9s aux siphonnages et au crime organis\u00e9, parfois avec la complicit\u00e9 d\u2019acteurs \u00e9tatiques ou para\u00e9tatiques ;<\/li>\n<li>les <strong>barrages<\/strong> sont davantage entour\u00e9s de dispositifs de protection, mais leur environnement (routes d\u2019acc\u00e8s, postes de garde, camps de travailleurs) reste vuln\u00e9rable.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nPour l\u2019instant, les attaques massives visant \u00e0 provoquer des catastrophes technologiques (rupture de barrage, explosion majeure de pipeline) restent rares dans la r\u00e9gion. Les comportements observ\u00e9s rel\u00e8vent davantage de la <strong>pression cibl\u00e9e<\/strong> et de la recherche de rente que de la logique de destruction syst\u00e9matique d\u2019infrastructures critiques.\n<\/p>\n<h3>Ports, plateformes logistiques et zones urbaines<\/h3>\n<p>\nDans les pays c\u00f4tiers du Golfe de Guin\u00e9e, les grands ports et plateformes logistiques sont au c\u0153ur des \u00e9conomies nationales. Les menaces y prennent des formes diff\u00e9rentes :\n<\/p>\n<ul>\n<li>criminalit\u00e9 organis\u00e9e autour des conteneurs, du carburant, de la p\u00eache ill\u00e9gale et parfois du trafic de stup\u00e9fiants ;<\/li>\n<li>risques de corruption et de capture institutionnelle, plus que d\u2019attaques spectaculaires ;<\/li>\n<li>menaces terroristes ponctuelles, plut\u00f4t envisag\u00e9es dans les sc\u00e9narios de projection de groupes jihadistes que massivement observ\u00e9es dans les statistiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes zones urbaines concentrent des infrastructures multiples (transport, \u00e9nergie, t\u00e9l\u00e9coms) ainsi que des si\u00e8ges d\u2019institutions politiques et \u00e9conomiques. Les attaques y restent relativement limit\u00e9es compar\u00e9es aux zones rurales et p\u00e9riph\u00e9riques, mais les \u00e9pisodes de violences politiques, de contestation sociale ou d\u2019\u00e9meutes peuvent affecter des installations strat\u00e9giques, parfois de mani\u00e8re opportuniste plut\u00f4t que planifi\u00e9e.\n<\/p>\n<h2>Les logiques de ciblage : au-del\u00e0 du \u00ab d\u00e9veloppement attaqu\u00e9 \u00bb<\/h2>\n<p>\nL\u2019id\u00e9e selon laquelle les groupes arm\u00e9s chercheraient syst\u00e9matiquement \u00e0 \u00ab emp\u00eacher le d\u00e9veloppement \u00bb en attaquant les grands projets est r\u00e9ductrice. Les recherches r\u00e9centes mettent en lumi\u00e8re plusieurs logiques imbriqu\u00e9es.\n<\/p>\n<h3>Logique militaire et de contr\u00f4le territorial<\/h3>\n<p>\nLes infrastructures sont des <strong>points de passage oblig\u00e9s<\/strong>. Les groupes arm\u00e9s les ciblent souvent pour :\n<\/p>\n<ul>\n<li>g\u00eaner les op\u00e9rations des forces \u00e9tatiques et de leurs alli\u00e9s ;<\/li>\n<li>imposer des zones d\u2019interdiction de circulation ;<\/li>\n<li>forcer les autorit\u00e9s \u00e0 n\u00e9gocier des arrangements locaux, y compris des non-agressions tacites.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans cette perspective, les infrastructures sont des <em>objets militaires<\/em> avant d\u2019\u00eatre des symboles de d\u00e9veloppement.\n<\/p>\n<h3>Logique \u00e9conomique et de rente<\/h3>\n<p>\nLes grands projets g\u00e9n\u00e8rent des flux financiers, des emplois, des contrats de sous-traitance et des opportunit\u00e9s de corruption. Diff\u00e9rents acteurs \u2013 groupes arm\u00e9s, milices, r\u00e9seaux politico-\u00e9conomiques \u2013 peuvent chercher \u00e0 :\n<\/p>\n<ul>\n<li>taxer les flux (marchandises, carburant, or, b\u00e9tail) qui transitent par les infrastructures ;<\/li>\n<li>capturer une partie des march\u00e9s li\u00e9s aux projets (s\u00e9curit\u00e9, transport, logistique, approvisionnement) ;<\/li>\n<li>peser sur l\u2019attribution des contrats ou des compensations aux communaut\u00e9s locales.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nLes violences peuvent alors s\u2019inscrire dans des <strong>conflits d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la rente<\/strong>, plut\u00f4t que dans une volont\u00e9 de destruction de l\u2019infrastructure en elle-m\u00eame.\n<\/p>\n<h3>Logique politique et symbolique<\/h3>\n<p>\nLes grands projets sont souvent pr\u00e9sent\u00e9s par les gouvernements comme des vitrines de leur action. Les groupes arm\u00e9s, mais aussi certains acteurs locaux marginalis\u00e9s, peuvent les percevoir comme :\n<\/p>\n<ul>\n<li>des symboles d\u2019un \u00c9tat lointain, jug\u00e9 injuste ou pr\u00e9dateur ;<\/li>\n<li>des instruments de d\u00e9possession fonci\u00e8re ou de marginalisation de certaines communaut\u00e9s ;<\/li>\n<li>des manifestations d\u2019alliances avec des puissances \u00e9trang\u00e8res ou des \u00e9lites \u00e9conomiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans ce cadre, attaquer ou perturber un projet d\u2019infrastructure permet d\u2019envoyer un <strong>message politique<\/strong> : contester la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de ses partenaires ou des \u00e9lites locales, et montrer la capacit\u00e9 \u00e0 influencer le cours des choses.\n<\/p>\n<h3>Logique locale : conflits fonciers, pastoralisme et tensions communautaires<\/h3>\n<p>\nDe nombreux projets se d\u00e9ploient dans des espaces marqu\u00e9s par des tensions pr\u00e9existantes : conflits entre agriculteurs et \u00e9leveurs, rivalit\u00e9s entre chefferies, litiges fonciers, frustrations li\u00e9es \u00e0 l\u2019emploi. Les recherches de terrain montrent que :\n<\/p>\n<ul>\n<li>des groupes d\u2019auto-d\u00e9fense ou des milices peuvent s\u2019en prendre \u00e0 des chantiers ou des travailleurs pour faire pression dans des conflits locaux ;<\/li>\n<li>des groupes jihadistes peuvent se greffer sur ces tensions, en se pr\u00e9sentant comme protecteurs de populations se sentant l\u00e9s\u00e9es par un projet ;<\/li>\n<li>des actes de sabotage ou d\u2019intimidation peuvent \u00eatre li\u00e9s \u00e0 des n\u00e9gociations autour des compensations, de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau ou des p\u00e2turages.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans ces cas, les infrastructures deviennent des <strong>points de cristallisation<\/strong> de conflits sociaux et fonciers, plus que des cibles purement id\u00e9ologiques.\n<\/p>\n<h2>Des risques diff\u00e9renci\u00e9s selon les contextes nationaux et locaux<\/h2>\n<p>\nL\u2019Afrique de l\u2019Ouest ne constitue pas un bloc homog\u00e8ne. Les risques pesant sur les infrastructures varient fortement selon :\n<\/p>\n<ul>\n<li>le niveau de pr\u00e9sence et de contestation de l\u2019\u00c9tat ;<\/li>\n<li>la nature des groupes arm\u00e9s (jihadistes affili\u00e9s \u00e0 Al-Qa\u00efda ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat islamique, milices communautaires, groupes criminels, banditisme rural, etc.) ;<\/li>\n<li>la densit\u00e9 du tissu \u00e9conomique et la valeur des flux transitant par les infrastructures ;<\/li>\n<li>les dynamiques locales de gouvernance, de corruption et de m\u00e9diation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nDans les zones de conflit ouvert (certaines parties du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Nigeria), les infrastructures sont souvent prises dans un <strong>espace de confrontation permanente<\/strong>. Dans les pays c\u00f4tiers relativement plus stables, les risques sont plus li\u00e9s \u00e0 la criminalit\u00e9 organis\u00e9e, aux tensions sociales ponctuelles et \u00e0 des tentatives de projection de groupes arm\u00e9s depuis les zones sah\u00e9liennes.\n<\/p>\n<h2>Implications pour les acteurs publics, priv\u00e9s et les communaut\u00e9s<\/h2>\n<p>\nPour les \u00c9tats, les entreprises, les ONG et les communaut\u00e9s locales, la question centrale n\u2019est pas seulement de savoir si les grands projets sont cibl\u00e9s, mais <strong>dans quelles conditions<\/strong> ils deviennent des cibles probables. Plusieurs implications se d\u00e9gagent.\n<\/p>\n<h3>Int\u00e9grer la dimension s\u00e9curitaire d\u00e8s la conception des projets<\/h3>\n<p>\nLes exp\u00e9riences r\u00e9centes montrent l\u2019importance d\u2019int\u00e9grer :\n<\/p>\n<ul>\n<li>une analyse fine des acteurs arm\u00e9s pr\u00e9sents ou susceptibles de se projeter dans la zone ;<\/li>\n<li>une compr\u00e9hension des tensions fonci\u00e8res, des circuits \u00e9conomiques locaux et des rivalit\u00e9s de pouvoir ;<\/li>\n<li>un dialogue structur\u00e9 avec les communaut\u00e9s locales, leurs repr\u00e9sentants coutumiers et religieux, mais aussi les groupes souvent marginalis\u00e9s (jeunes, femmes, migrants, \u00e9leveurs transhumants).<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nCette approche ne rel\u00e8ve pas seulement de la gestion de projet, mais d\u2019une <strong>lecture politique et sociale<\/strong> des territoires concern\u00e9s.\n<\/p>\n<h3>Surveiller les signaux faibles<\/h3>\n<p>\nPlusieurs signaux peuvent annoncer une mont\u00e9e du risque de ciblage :\n<\/p>\n<ul>\n<li>multiplication des incidents mineurs (intimidations, vols, barrages ill\u00e9gaux) autour des chantiers ;<\/li>\n<li>discours de plus en plus hostiles au projet dans certaines communaut\u00e9s ou segments de la jeunesse ;<\/li>\n<li>tentatives de certains acteurs arm\u00e9s ou politico-\u00e9conomiques de se positionner comme interm\u00e9diaires incontournables ;<\/li>\n<li>militarisation progressive de l\u2019environnement du projet, qui peut renforcer la perception d\u2019un alignement avec l\u2019\u00c9tat ou certains camps locaux.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nL\u2019identification pr\u00e9coce de ces signaux permet souvent d\u2019ajuster les modes de pr\u00e9sence, de n\u00e9gociation et de communication, avant que les infrastructures ne deviennent des cibles directes.\n<\/p>\n<h2>Une conclusion nuanc\u00e9e : infrastructures cibl\u00e9es, mais pas toujours en tant que telles<\/h2>\n<p>\nLes grands projets d\u2019infrastructure en Afrique de l\u2019Ouest sont effectivement expos\u00e9s \u00e0 des risques d\u2019attaques, de sabotage, d\u2019extorsion ou de blocage. Cependant, ils ne sont pas syst\u00e9matiquement vis\u00e9s <em>parce qu\u2019ils sont des projets de d\u00e9veloppement<\/em>. Ils sont pris dans des dynamiques plus larges :\n<\/p>\n<ul>\n<li>conflits arm\u00e9s o\u00f9 les routes, ponts et corridors sont des enjeux militaires ;<\/li>\n<li>\u00e9conomies de guerre et de pr\u00e9dation o\u00f9 les infrastructures servent de supports \u00e0 la rente ;<\/li>\n<li>tensions politiques et sociales o\u00f9 les grands projets symbolisent des rapports de pouvoir contest\u00e9s ;<\/li>\n<li>conflits locaux o\u00f9 les infrastructures cristallisent des frustrations fonci\u00e8res, identitaires ou g\u00e9n\u00e9rationnelles.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\nComprendre si les grands projets d\u2019infrastructure sont cibl\u00e9s suppose donc de d\u00e9passer une vision purement s\u00e9curitaire ou technique, pour adopter une <strong>lecture syst\u00e9mique<\/strong> des territoires, des acteurs et des int\u00e9r\u00eats en jeu. C\u2019est \u00e0 cette condition que les politiques publiques, les strat\u00e9gies d\u2019entreprise et les initiatives de d\u00e9veloppement peuvent r\u00e9duire les risques, sans alimenter les dynamiques de conflit qu\u2019elles cherchent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 att\u00e9nuer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les grands projets d\u2019infrastructure \u2013 routes, ponts, mines industrielles, pipelines, barrages, ports \u2013 occupent une place centrale dans les strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement en Afrique de l\u2019Ouest. 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